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Critiques / Théâtre

Je ne suis pas ta chose de Julien Daillère

par Bruno Bouvet

Souffrance et poésie

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Auteur et comédien, Julien Daillère a l’élégance des poètes.
Après Les contes de la petite fille moche, qui n’en finissent pas de connaître le succès depuis leur création en 2008, Je ne suis pas ta chose est traversé par une souffrance et un mal de vivre qui ne s’expriment jamais de manière frontale, encore moins triviale. Tout le talent du jeune homme est d’associer son écriture quotidienne –ce qui ne signifie nullement banale- à l’univers onirique et poétique de Patricia Koseleff, pleinement imprégné de la pensée et de l’enseignement de Jacques Lecoq. Ce que les mots ne parviennent pas à dire est ici assumé par le langage des corps qui traduisent les déséquilibres, les failles secrètes et les névroses contaminant les relations familiales. Dans un décor faussement naïf où la forme étrange des objets est aussi un puissant évocateur des troubles, individuels et collectifs, sans oublier les masques qui interdisent aux épatants comédiens tout réalisme pesant. Mention spéciale à cet égard à Julien Daillère lui-même, qui interprète à la fois une enfant et une aïeule…
Le point de départ du spectacle renvoie chaque spectateur à une situation connue de tous. Une famille prépare ses bagages avant de prendre la route. Sauf que l’objectif final du trajet ne fleure guère l’ambiance paisible des vacances. Monsieur s’en va mettre sa mère dans une maison de retraite, ce que l’intéressée ne semble guère prête à accepter. Et cette violence muette est d’autant plus forte que la jeune fille de la famille est le témoin de tout ce qui se trame. L’adolescente, c’est précisément Océane, qui a grandi depuis Les contes de la petite fille moche. Une fois encore, Julien Daillère en fait le porte-parole de toute une génération de jeunes spectateurs –à partir de 10 ans- chez lesquels cette pièce trouvera un écho juste et intelligent. Mais ce nouveau spectacle, infiniment personnel, n’est pas à ranger dans la catégorie « jeune public » pour autant que celle-ci doive exclure les personnes adultes, ou supposées telles… La scénographie remarquable d’inventivité convie des images symboliques dont le sens ne sera pas forcément à la portée des plus jeunes. Ces tableaux magnifiques, où il est notamment question d’amour fusionnel, indiquent la richesse d’un spectacle, pas encore complètement abouti –mais laissons-lui le temps de l’évolution ! – mais qui renseignent assurément sur le potentiel de création de l’auteur et de tous ceux qui l’entourent.

Je ne suis pas ta chose de Julien Daillère. Avec Julien Daillère (Océane, la petite fille ; Claude, la grand-mère) Laure Pagès (Monique, la mère), François Perrin (Bernard, le père).
Mise en scène : Patricia Koseleff. Scénographie : Mioko Tanaka.
Costumes : Ippel Hosaka. Masques : Jean-Lou David.
Lumières : Mathieu Courtaillier.
Musique : Michel Touseau Théâtre Daniel Sorano, 16, rue Charles Pathé - 94300 Vincennes. Les jeudi et vendredi à 20h45, samedi à 16h00 et 20h45 et dimanche à 16h00. Et les 21, 22 et 23 décembre à 16h00.
Réservations : 01 43 74 73 74

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