Paris - Théâtre du Lucernaire jusqu’au 24 avril 2010

Je ne sais quoi D’après les chansons d’Yvette Guilbert et sa correspondance avec Sigmund Freud

Quand le sexe a de l’esprit

Je ne sais quoi D'après les chansons d'Yvette Guilbert et sa correspondance avec Sigmund Freud

Yvette Guilbert fut cousette, vendeuse, mannequin avant de devenir à la fin du XIXe siècle la reine incontestée du caf’conc, où elle inventa le style « parlé chanté » qui enchanta Gounod et séduisit Freud qui eut l’occasion de l’entendre à l’Eldorado alors qu’il était venu travailler avec Charcot à la Salpetrière. Des années plus tard, la chanteuse et le psychanalyste se rencontrèrent à Vienne, entre eux s’installa une amitié forgée d’admiration mutuelle et scellée d’échanges épistolaires où il était question de ce qui les préoccupait tous deux, notamment le sexe, « cette terre inconnue où poussent les racines de l’esprit ».
« Schnitzler et Yvette Guilbert m’ont tous deux précédé dans l’exploration du psychisme humain » se plaisait à dire Sigmund Freud qui prétendait ne pas aimer la musique mais ne cachait pas son admiration pour la chanteuse dont il appréciait fort les chansons. Ce qui, derrière la grivoiserie des couplets, affleure comme pénombre de l’âme ne pouvait laisser indifférent le père de la psychanalyse qui dans une lettre s’interroge : « pourquoi frémit-on en entendant La Soiffarde, ou pourquoi répond-t-on oui avec tous ses sens à la question : ″dites-moi que je suis belle″ (1) »

Délicieusement coquin

C’est sous le signe de cette relation que Nathalie Joly, comédienne et chanteuse a imaginé un spectacle parlé-chanté, ingénieuse chimère de théâtre poussée sur le tréteau du cabaret.
Accompagnée du pianiste et complice Jean-Pierre Gesbert, gouaille et coquetterie mêlées, elle nous propose une virée cruelle et mutine au cœur d’un répertoire dont certains titres tels Madame Arthur ou Le Fiacre appartiennent désormais à la mémoire collective.
Grisette chantante à la voix souple, elle n’est pas Yvette Guilbert mais en suggère finement tous les sucs à travers une galerie de croqueuses d’hommes et de personnages dont les aveux et les déboires provoquent dans un même mouvement le rire et l’indulgence.
Même si on peut regretter que la chanson couvre la voix de Freud, ce Je ne sais quoi subtilement coquin possède un charme délicieusement irrésistible. Ne résistez pas courez-y, vous ne le regretterez pas.

Je ne sais quoi d’après les chansons d’Yvette Guilbert et sa correspondance avec Sigmund Freud 1h10
Chant et conception Nathalie Joly ; Au piano Jean-Pierre Gesbert.
Théâtre du Lucernaire tel 01 45 44 34.

(1)Un CD-livre qui réunit les chansons du spectacle et la correspondance inédite entre Yvette Guilbert et Freud vient de sortir chez Seven doc.

Crédit photo : Antonia Bozzi

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre...

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