Paris, Théâtre du Rond-Point jusqu’au 24 décembre 2011
HH de Jean-Claude Grumberg
Une fausse bonne idée

La situation de départ était plutôt prometteuse : le conseil municipal d’une petite ville de Bavière se réunit pour entériner le choix du nom du nouveau collège dont les initiales sont déjà coulées dans le bronze, H.H. pour Heinrich Heine, le poète romantique allemand. Mais voilà que l’opposition s’insurge au nom de quelques arguments plus ou moins fallacieux et lance, plus ou moins en guise de provocation, la nom de Heinrich Himmler, puisque H.H il y a. Les uns manquent d’avaler leur chapeau, les autres s’étranglent d’indignation, jusqu’à ce que, l’idée faisant son chemin, on décide, soucieux de justice, de juger sur pièces à travers une étude comparative de la valeur littéraire des concurrents. Et c’est là que le spectacle dérive, s’égare dans une suite de lectures monotones qui font alterner des lettres de Himmler et des poèmes de Heine. Accablé par cette fastidieuse litanie, le président du conseil (Jean-Paul Farré) semble s’assoupir et le spectateur avec lui. La première partie du spectacle semblait pourtant offrir toutes les garanties de développements savoureux mais il s’avère qu’on est loin de la vivacité d’esprit et de plume qui ont fait le succès de L’Atelier ou plus récemment qui valut un Molière à l’excellente mise en scène de Vers toi terre promise, tragédie dentaire par Charles Tordjman.
Jean-Claude Grumberg est sans nul doute l’un des plus grands auteurs contemporains. Jusque là, toutes ses pièces ont ému, fait rire et pleurer exactement selon ses vœux de dramaturge, son écriture et son style ont suscité l’admiration, et voilà qu’il trébuche sur un sujet qui est peut-être le prototype de la fausse bonne idée, une idée qui aurait fait de la résistance et refusé de se plier aux exigences de la théâtralité. Car c’est peut-être bien là que le bât blesse, outre la question de la mise en scène qu’il eut peut-être été préférable de déléguer complètement plutôt qu’à moitié. Ce spectacle, qui semble perdre de vue sa finalité au détour d’une réplique, est la preuve que même les plus grands ont leurs faiblesses. Ils n’en restent pas moins grands.
H. H. de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de l’auteur avec la complicité de Jean-Michel Ribes. Avec Salima Boutebal, Jean-Paul Farré, Olga Grumberg, Joseph Menant, Christophe Vandevelde Au théâtre du Rond-point jusuqu’au 24 décembre, du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h30. Durée : 1h30
texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers
© Giovanni Cittadini Cesi



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