Paris, théâtre de la Bastille jusqu’au 29 novembre 2011

Fragments d’un discours amoureux d’après Roland Barthes

L’empire des signes

Fragments d'un discours amoureux d'après Roland Barthes

Roland Barthes s’est intéressé au discours amoureux d’un point de vue linguistique et sémiologique. Il a procédé à une véritable radioscopie de ses mécanismes en s’appuyant sur des références très sérieuses comme Nietzsche, Goethe et son Werther, Proust, mais aussi sur les expériences de proches ou les siennes propres. Il propose une méthode de décryptage des arcanes du langage amoureux par fragments qu’il a classés par ordre alphabétique de « s’abîmer » à « vouloir-saisir » en passant par environ 80 entrées (absence, catastrophe, cœur, étreinte, jalousie, nuages, ravissement, suicide, etc). Si l’on n’y trouve pas l’entrée « passion » c’est qu’elle est partout présente. L’érudition du travail s’efface derrière le talent littéraire de l’auteur qui sait mettre en avant la familiarité du sujet. C’est probablement cet aspect qui a séduit Arnaud Churin, ajouté à la véritable mise en scène textuelle de certaines démonstrations comme celles de l’attente, un bijou du genre où sont envisagés dans le détail les affres et scénarios-catastrophes traversés par le malheureux en souffrance d’abandon virtuel, comme le courrier du cœur à la poste. Au fur et à mesure que le discours s’incarne, à travers le jeu d’Arnaud Churin et de Scali Delpeyrat, qui donne beaucoup de relief au texte, ainsi que la belle présence chorégraphique, subtilement décalée, de Luciana Bothelo, l’érudition s’efface pour laisser place à l’identification du spectateur aux situations dont l’admirable précision de la description nous renvoie à nos propres expériences. Évidemment, le spectacle perd un peu d’altitude mais il n’en reste pas moins que ce brillant décorticage de nos comportements procure un délicieux moment de plaisir, tant par le jeu des acteurs que par la satisfaction amusée de se reconnaître dans les embarras un peu ridicule de l’amoureux transi, sidéré, angoissé, en perpétuel valse hésitation intérieure quand aux comportements adéquats à tenir, qui ne sont jamais les bons, cela va sans dire.

Fragments d’un discours amoureux d’après Roland Barthes, mise en scène Arnaud Churin. Distribution : Luciana Bothelo, Arnaud Churin, Scali Delpeyrat. Collaboration artistique : Emanuela Pace et Philippe Marioge, Gilles Gentner, Olivier Bériot. Scénographie : Philippe Marioge. Lumières : Gilles Gentner. Au théâtre de la Bastille jusqu’au 29 novembre 2011 à 19h30. Tel : 01 43 57 42 14. Durée : 1h15.
www.theatre-bastille.com

© Julien Piffaut

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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