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Festival Sur les frontières au Théâtre de Chaillot

par Dominique Darzacq

Un étonnant voyage sur le pourtour méditerranéen

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Lors de sa nomination en juillet 2011, Didier Deschamps indiquait qu’il voulait faire du Théâtre de Chaillot, dont il prenait les rênes, « un lieu de débats, d’échanges d’idées où se pratique l’art de la dispute ». Quelque deux ans plus tard, il enfonce le clou de ses visées avec le nouveau festival Sur les frontières (16 au 27 avril) proposé comme « un moment privilégié de dialogue, de réflexion et de rencontres, un espace singulier où les œuvres et les créateurs se confrontent, se frottent, se répondent ou s’interrogent mutuellement ».

Pour cette première édition , comme en écho au Printemps arabe, et pour affirmer une politique artistique qui refuse « de se laisser enfermer dans des frontières, qu’elles soient esthétiques, géographiques, ou politiques » en 10 spectacles et des projections de films, le programme parcourt les contrées agitées de la méditerranée .

A l’affiche, notamment la troupe Batsheva Dance Company (24-28) peu vue en France et qui sera présente avec deux opus, dont Sadeh21 , une véritable « Odyssée du corps, aux confins de toutes les émotions », des chorégraphes et des compagnies à retrouver ou à découvrir, mais chacune à sa manière, portant témoignage de temps déchirés. Tel l’israélien Arkadi Zaides, avec Land-Research (19-21) pour qui « la notion de territoire devient un véritable enjeu chorégraphique » en même temps qu’une incisive exploration des contradictions de la société israélienne. Israélienne également Naomi Perlov et sa troupe qui interroge la condition d’artistes et d’individus, confrontés à la réalité militaire de leur pays, Silent Warriors (25-27).

Tandis que Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek , « comme métaphore d’un monde arabe en plein devenir » chorégraphient Kharbga - Jeux du pouvoir sur un amas de gravas et de cailloux ( 16-17), Abou Lagraa, né et formé en France, explore ses racines algériennes. A partir de l’eau et du feu, éléments fondamentaux de la culture orientale, et à travers la confrontation des corps, il sonde les rapports hommes femmes . Avec Eljoudour (les racines) (18-20), il ne tend pas seulement « un miroir dans lequel on peut se regarder », il jette une passerelle entre les deux rives de la méditerranée.

« Comment se construire quand on a perdu ses racines », l’exil vécu comme un vide et une déchirure sont au cœur du spectacle Un (24-26), écrit, réalisé et joué par Mani Soleymanou, comédien d’origine iranienne. De Téhéran à Montréal en passant par Paris, Toronto, Ottawa, il retrace avec humour sa propre errance identitaire, soulevant au passage quelques unes des dérangeantes interrogations qui taraudent nos sociétés métissées.

Iranien également Moïni qui nomadise entre son pays, le Portugal et la France avec étape à Chaillot où il présente deux opus : it shocks me but not you (19-20) , pièce pour quatre danseurs qui explore les traumatismes et les chocs émotionnels extrêmes et My paradoxical Knives ( 16-17), une performance au cours de laquelle il exécute une époustouflante et dangereuse danse giratoire simplement vêtu d’une cote de lanières au bout desquelles sont accrochés des couteaux, un spectacle violent proposé « en miroir inversé » aux fascinants tourbillons des Derviches tourneurs (26-27 mai).

Pour la plupart venus de régions de conflits, c’est à travers leurs œuvres qu’ont choisi de s’affronter les artistes invités, ce qui, en ces temps intolérants de montée des extrêmes et de contre révolution, anodin. Interpellant leur temps et le monde, leurs œuvres sont parfois prémonitoires. Telle celle du tunisien Fadhel Jaïbi, figure incontestable du théâtre arabe, qui avec son spectacle Amnesia décrivait la chute d’un dictateur quelques mois avant « l’explosion de la boîte de Pandore » que fût la révolution tunisienne. Aujourd’hui en résidence internationale à Chaillot, en collaboration avec Jalila Beccar, autour de deux figures de femmes, Hayet, avocate militante des droits de l’homme, et Amina jeune fille islamiste, il nous interpelle « sur les dérives théocratiques » qui menacent « la révolution de jasmin ». Tsunami spectacle au titre éloquent, qui sera à l’affiche du Théâtre National de Chaillot du 23 au 25 mai, « double voyage au cœur de la mouvance islamiste et dans la société tunisienne » est à la fois une interrogation sur un avenir incertain en même temps qu’un cri d’alerte.

Photos : Sadeh 21, kharbga –Jeux de Pouvoir, My Paradoxical Knives

Festival sur les frontières du 16 au 27 avril
Théâtre National de Chaillot tel 01 53 65 30 00

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