Paris-Au TEP jusqu’au 10 mars
FORT de Catherine Anne
Trop fortissimo

Un jeune concertiste de renom, queue de pie accrochée à son sac à dos, arrive au sommet d’une colline où il doit, le soir même, donner un concert. Le piano est déjà là, hissé sans doute par un homme énigmatique et silencieux qui l’attend en mâchonnant. Son mutisme semble stimuler la parole de l’artiste qui se livre et se délivre. Cette colline, chaos de pierres envahi d’herbes folles où gît une cloche d’église, est tout ce qui reste de son village natal qu’un « vacarme de bronze et de bombes » a rayé de la carte et plongé dans un silence irrémédiable. Après vingt ans d’exil, il revient « juste jouer ; pour que les morts l’entendent », parmi eux, sa mère qui lui enseigna le piano et à qui les bombes ne laissèrent pas le temps de lui apprendre la valse.
Dans la lumière déclinante d’une chaude soirée d’été, le pianiste replonge dans le « capharnaüm de sa mémoire », se souvient de ce jour fatal où, revenant de la pêche aux écrevisses, son père et lui furent les témoins affolés et impuissants de leur malheur. « Je suis mort à 7 ans ». Il raconte leur fuite, les avatars de l’exil, le dur apprentissage du piano, l’effort pour apprivoiser le clavier « et transformer la peine en musique ».
Ecrite, nous dit Catherine Anne, « pour répondre au désir fou de deux artistes qui rêvaient de créer ensemble un marathon théâtral avec envolée musicale sur le thème de l’effort, Fort (1) est une belle et sensible partition sur les inguérissables blessures d’enfance, la perte et l’effort à faire pour vivre. Ecrite comme une sonate avec ses andantes, ses adagios, ses allégrettos pour dire la colère, l’ironie, l’angoisse la panique, elle vibre de tous les mouvements et contradictions d’un homme aux prises avec ses fantômes. Hélas, Pascale Daniel-Lacombre pour la mise en scène, Pascal Sangla comédien-musicien, les deux inspirateurs de la pièce, peinent à en rendre les subtiles nuances. En optant pour un décor naturaliste, une lecture trop linéaire et un jeu trop démonstratif qui force le trait, ils en bornent le sens et ne permettent pas de percevoir ce qui, derrière le douloureux du souvenir, affleure de vie et d’espoir.
(1) la pièce est éditée chez Acte Sud-Papiers
Fort de Catherine Anne, mise en scène Pascale Daniel Lacombre avec Etienne Kimes et Pascal Sangla 1h50
Théâtre de l’Est Parisien jusqu’au 10 mars tel 01 43 64 80 80
Crédit photographique : Baptiste Elicagaray



