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Critiques / Théâtre

El tiempo todo entero de Romina Paula

par Corinne Denailles

Drame familial

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On connaissait depuis longtemps les Argentins Jorge Lavelli, Alfredo Arias, Marcial di Fonzo Bo, on a découvert récemment Daniel Veronese, Claudio Tolcachir (auteur et metteur en scène, dont on a pu voir au théâtre du Rond-point Le Cas de la famille Coleman), voici maintenant la talentueuse Romina Paula. Elle voulait monter La Ménagerie de verre mais le montant des droits était trop élevé alors elle a écrit sa propre pièce. Quoi de plus simple ! Sans prétention ni inhibition, elle a mis ses pas dans ceux de Tennesse William, tout en faisant une œuvre parfaitement originale.

Le poids du silence

Le trio mère/fils/fille est bien là mais l’auteure a déplacé le centre de gravité du fils, Lorenzo (Esteban Bigliardi) vers la fille, Antonia (Pilar Gamboa) et fait de la mère (Susana Pampin) une femme qui ne vit pas que dans le regret du passée. Chez Tennesse William, le fils raconte rétrospectivement sa vie auprès de sa mère et de sa sœur Laura un peu autiste qu’il a quittées. Dans la pièce de Romina Paula, Antonia est le cœur battant du spectacle ; elle met les autres au rythme de sa propre vision du monde. Et si elle vit enfermée chez elle, refusant toute vie sociale, elle semble avoir fait de son handicap un choix de vie. Ainsi elle justifie son immobilisme en se livrant à une réflexion sur le temps (temps choisi, subi, temps libre, etc ), symbolisée par la chanson « depuis que tu es partie » qui ouvre et clôt la pièce et l’évocation du Mexique et de Frida Khalo (immobilisée toute sa vie à cause d’un accident de voiture). Antonia alterne entre des périodes d’agitation où elle se lance dans de grands discours et des moments de repli où elle s’abîme dans l’écran de son ordinateur, mais toujours avec une extrême maîtrise de soi, et cet effort sur elle-même la rend infiniment touchante. La mère et le fils sont rongés par l’état d’Antonia qui sait les manipuler.

Pilar Gambao, une présence irradiante

Dans cette étrange et pesante relation triangulaire, tout se joue dans les non-dits. Le silence du frère désemparé qui voudrait s’arracher à cet enfer familial oppressant mais n’ose pas agir ni en parler et vit dans une sorte d’hébétude, cherchant refuge dans les livres ; le silence de la mère qui croit masquer sa souffrance derrière une exubérance pathétique et des colères feintes. Le silence de la fille dont la logorrhée verbale est comme un rempart entre le monde extérieur et une douleur profonde qu’on devine, une manière d’enfermement intérieur. Témoin de ce drame familial sous tension, l’ami de Lorenzo, Maximiliano (Esteban Lamothe), représente la « normalité » sociale.

L’espace de jeu ouvert, simplement délimité par une structure métallique, renvoie à l’espace intérieur des personnages dont ils sont prisonniers comme ils sont prisonniers de leur relation. Les petits jouets disposés çà et là évoquent les animaux de verre de Laura dans la pièce de Tennesse Williams et nous parlent de la fragilité de chacun. Rien dans la mise en scène ni dans la direction d’acteurs ne joue sur le tragique de la situation, bien au contraire comme s’il fallait beaucoup de légèreté et un peu d’humour pour ne pas blesser ces êtres écorchés de l’intérieur. Grâce à l’incroyable acuité du jeu des acteurs, on perçoit les moindres mouvements du cœur. Ils sont tous infiniment touchants, particulièrement Pilar Gamboa qui impressionne par la grâce qui émane de sa personne et la densité de sa présence irradiante. Un spectacle qui semble fait de rien et se révèle d’une force de frappe émotionnelle à couper le souffle.

El tiempo todo entero, d’après La Ménagerie de verre de Tennesse Williams, traduction Christilla Vasserot, mise en scène Romina Paula, scénographie Alicia Leloutre, Matías Sendón, lumière Matías Sendón avec Esteban Bigliardi, Pilar Gamboa, Esteban Lamothe , Susana Pampin. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 24 décembre 2011, du mardi au dimanche à 18h30. Durée : 1h30. Tel : 01 44 95 98 21.

Photo Giovanni Cittadini Cesi

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