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Critiques / Théâtre

Dom Juan - Le festin de pierre de Molière

par Marie-Laure Atinault

Un festin bien lourd

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Dom Juan Tenorio traine son mal de vivre et sa langueur monotone de conquête en conquête. Le voyage vers la mort de ce viveur désabusé fascine les comédiens et les metteurs en scène. Cette fascination, bien légitime, vient-elle de sa construction atypique dans l’œuvre de Molière où il multiplie les changements de lieux, de temps, et les péripéties. Ou vient-elle du caractère même de son personnage titre qui joue dangereusement avec les pouvoirs, avec tous les pouvoirs, bafouant tous les codes sociaux, usant de son charme insolent, enfin tous ces éléments mettent cette pièce et son « héros » sur un pied différent, suscitant moult commentaires. Molière écrit Dom Juan après Tartuffe, (qui lui valut bien des désagréments et qui semblent-t-ils ne lui ont pas servit de leçon) s’il n’a pas crée ce personnage, l’empruntant comme beaucoup d’autres à quelques confrères, il fait entrer dans le langage populaire un « type » humain : Harpagon, le Malade imaginaire, Tartuffe et Dom Juan. Est-il nécessaire de conter les péripéties de cette course éperdue de jupon en jupon, de duel en duel, pour arriver à l’ultime souper.

N’est pas Dom Juan qui veut !

Philippe Torreton rêvait de monter cette pièce fascinante de Molière depuis le conservatoire. Première surprise alors que l’on attendait celui qui fut un Scapin virevoltant sous la houlette de Jean-Louis Benoit à la Comédie Française dans le rôle de Sganarelle, il s’octroye Dom Juan, laissant Jean Paul Farré camper le valet philosophe. Premier déséquilibre, il manque à ce Dom Juan cette légèreté iconoclaste qui fait, en partie, son charme exaspérant ; plus grave le héros manque de noblesse. La voix de Michel Bouquet résonne avec « Tout Paris s’entretient du crime de Molière ». Le début du spectacle nous alarme, le metteur en scène mets ses personnages sur une scène de théâtre, et le public les voit évoluer des coulisses, on entend les gloussements d’une fausse gaité et d’une débauche de carton pate, Dom Juan apparaît en histrion empanachée, maquillé de blanc. Le deuxième acte se déroule sur une plage. On voit Dom Juan en plein exercice de donjuanerie et le pauvre Sganarelle en prise avec la crédulité des conquêtes de son maitre, ce « marieur du genre humain ». Les scènes avec les paysannes sont réussies, mais les paysans sont vêtus avec la plus grande rigueur. A nouveau les deux hommes doivent fuir, leur course les emmènent dans une forêt, le troisième acte est le plus réussi, le décor de Alain Chambon habite tout le plateau, les grands arbres donnant à Sganarelle l’envie de philosopher avec son maitre. On trouve un souffle, une profondeur dans les relations maitre-valet, chacun se dévoilant, le courage du premier prêt à ferrailler dans un combat inégal, se mettant du côté du plus faible, le second portant le poids de sa condition. Nous aurions dû nous arrêter à l’entracte, les deux actes suivant accusent un manque de rythme et de profondeur. Philippe Torreton n’a pas voulut d’un commandeur statufié, on ne le verra pas. L’idée de départ pouvait être intéressante, mais le sous-titre de la pièce est bien le festin de pierre et non une soupe façon caillou, mais surtout il ne mène pas son idée jusqu’au bout... Les qualités misent d’un coté de la balance ne sont hélas pas assez nombreuses pour la faire pencher. On entend bien le texte, les décors et les costumes sont classiques donnant un contentement scolaire, ce qui n’est pas si mal.

Toute la dimension « politique » de Dom Juan est absente. La censure avait bien détecté que ce noble espagnol était un cousin de la cour et que l’église pouvait trembler, mais en l’occurrence cela semble bien absent. Le rythme languissant ne s’accorde pas avec cette fuite de Dom Juan. Jean Paul Farré est un bon Sganarelle, comme on pouvait s’y attendre. Sophie-Charlotte Husson donne à Elvire les accents de la sincérité bafouée mais pourquoi diable l’avoir affublée d’une burka, Elvire prend le voile, et par ce geste veut sauver cet homme qu’elle a « chéri tendrement ». Pourquoi avoir transformé Monsieur Dimanche en juif, rien dans le texte ne le suggère, dire que ces deux dérapages de mise en scène sont parfaitement ridicules est peu dire.
Philipe Torreton a écouté les sirènes de la tentation de réaliser la mise en scène et de jouer le rôle titre, même épaulé par des amis fidèles, il rate son Dom Juan. L’équation bon comédien égale bon metteur en scène n’est pas une valeur mathématique. Néanmoins, cette mise en scène plaira aux scolaires, et aux fumeurs invétérés qui se régaleront de l’éloge du tabac du premier acte, parfaitement « politiquement incorrecte de nos jours », profitons-en avant qu’il soit censurée.

Dom Juan le festin de pierre de Molière
Mise en scène Philippe Torreton, collaboration artistique Jean Luc Revol et Pierre Cassignard
Avec Philippe Torreton, jean Paul Farré, Sophie-charlotte Husson, Serge Maillat

Théâtre Marigny 0 892 222 333

http://www.theatremarigny.fr

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