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Critiques / Opéra & Classique

Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart

par Jaime Estapà i Argemí

Soirée lyrico sociologique

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Des trois pièces cosignées par Wolfgang A. Mozart et Lorenzo Da Ponte Cosí fan tutte est sans nul doute la plus offensive – gratuitement offensive - vis-à-vis des femmes. Certes Les noces de Figaro, où le maître de maison convoite la bonne au titre de la tradition, contient bien des écarts aux comportements bien pensants ; mais la complexité de la trame dramatique et la profondeur psychologique des personnages, élèvent la pièce (de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais à l’origine) au rang d’étude de mœurs d’une époque de transition violente.

Don Giovanni - pièce née de la plume de Molière - se soucie également des conflits entre les couches sociales et on peut y voir en même temps le machisme de la France du Grand Siècle – transportée en Espagne - à travers son personnage principal porté à traiter les femmes – Zerlina, Donna Anna, Donna Elvira- comme des « objets jetables ». Don Giovanni trouve cependant la réprobation de la communauté, toutes classes sociales confondues, et finit plutôt mal. Rien de tout cela n’existe dans Cosí, pièce gratuitement amorale, sans ambition littéraire ni psychologique où la nécessaire évolution des deux femmes est accélérée pour les besoins de la « démonstration » de Don Alfonso. De plus, l’œuvre se déroule dans une seule classe sociale, celle des gens aisés : même les « Albanais » sont des « amis très chers » de Don Alfonso. Ainsi par un simple jeu pervers - l’enjeu misérable d’une bourse d’argent - les hommes (avec la complicité éclairée et cupide de l’employée de maison) bafouent la vertu et la parole donnée des deux femmes, et par extension celle de la condition féminine tout entière …fan tutte - elles le font toutes… Les propos lénifiants et convenus de Don Alfonso à la fin de la pièce ne changent rien à l’affaire.

Voici donc une pièce méchante -de « giocoso » c’est-à-dire « gai, burlesque » elle n’en a que le sous-titre-, très conforme aux sujets du XVIIIème siècle, que seul le génie de Mozart a élevé au rang d’indéniable chef d’œuvre. C’est aussi, sans doute, la pièce la plus lyrique des trois œuvres citées.

Une superbe mise en scène victime d’un changement d’époque mal choisi

La reprise de la mise en scène de David Mc Vicar (voir Webthea du 14 décembre 2005) s’est faite sans changement important ; elle est classique, finement ciselée, mais non sans défaut. Transposée à l’époque romantique l’histoire « giocosa » de l’inconstance féminine est en porte à faux sensible, car l’époque romantique ne se prêtait pas trop au badinage contrairement à l’époque précédente. Les choses de l’amour y étaient traitées par la littérature et le théâtre avec une gravité et une solennité extrêmes comme dans le Werther de Goethe (1774) où Charlotte revient à Albert son fiancé dès qu’il rentre de son voyage, et quitte celui qu’elle aime en réalité.

Autre détail : le rocher symbolisant la fidélité des femmes, exprimée par Fiordiligi dans l’envolée de son aria somptueuse (« Tout comme un rocher reste immobile… »), est une image matérialisée par le superbe décor de Yannis Thavoris. Ce rocher se réduit en miettes à la fin du spectacle. Mais cette image ne résume qu’à moitié l’histoire, car si les convictions des femmes et leur intégrité se sont écroulées (comme David Mc Vicar le propose en échangeant les couples initiaux) celles des hommes l’est aussi.

Une distribution hétéroclite.

La distribution, quelque peu hétérogène, est desservie par le faible niveau de l’orchestre de Mulhouse dirigé par Ottavio Dantone. On retiendra la fluidité expressive, la puissance et l’agilité de Jacqueline Wagner –Fiordiligi- ainsi que les prestations vocalement généreuses des hommes : Sébastien Droy –Ferrando et Johannes Weisser –Guglielmo-. Accordons également un « satisfecit » à Stephanie Houtzeel –Dorabella- impeccable du point de vue dramatique mais avec quelques doutes et difficultés vocales. On regrette que les vrais maîtres du jeu de dupes, Hendrickje Van Kerckhove –Despina- et surtout, Peter Savidge –Don Alfonso- se soient trouvés aux abonnés absents : la première par manque de présence scénique et de puissance vocale, et le second par une double défaillance dramatique et musicale. Dès lors l’histoire a dû évoluer cahin-caha portée par la seule dynamique des deux couples.

Cosí fan tutte, dramma giocoso en deux actes, livret de Lorenzo Da Ponte. Production de l’Opéra National du Rhin. Mise en scène de David Mc Vicar. Décors de Yannis Thavoris. Direction musicale d’Ottavio Dantone. Chanteurs : Jacquelyn Wagner, Stephanie Houtzeel, Hendrickje Van Kerckhove, Johannes Weisser, Sébastien Droy, Peter Savidge. Orchestre Symphonique de Mulhouse.

Strasbourg - Opéra National du Rhin, les 11, 14, 16, 21, 23 et 26 décembre 2009.

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