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Critiques / Théâtre

Colombe de Jean Anouilh

par Gilles Costaz

La comédie de l’amour

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Anouilh, c’est l’éternel ballet de la pureté mise à mal, du mensonge si inhérent à l’homme qu’il semble aussi pur que l’innocence. Selon les œuvres, ce regard noir sur l’humanité prend des tonalités amusées, mélancoliques, complaisantes ou même réactionnaires. Colombe, qui appartient à la série des « pièces brillantes », échappe aux distorsions qui emmènent parfois l’auteur vers des fureurs discutables. Il n’y est question que d’amour, de trahison et de théâtre. Colombe est une jeune femme mariée, mère d’un petit enfant. Son mari la confie à sa propre mère, une comédienne de renom et de tapage, Mme Alexandra. Il part, en effet, au service militaire pour trois ans. Mme Alexandra introduit l’ingénue dans le monde du théâtre. Aussitôt, tous les hommes sont fous d’elle. Elle ne tarde pas à prendre un amant en titre, le meilleur ami de son mari. L’époux trompé revient plus tôt que prévu et découvre l’infidélité. La jeune femme joue de toutes ses roueries avant de choisir entre son mari et une carrière au théâtre toute tracée dans la chaleur des coulisses…
Michel Fagadau, qui avait déjà monté la pièce avec Laure Marsac et Geneviève Page, réunit, cette fois, la fille et la mère : Sara Giraudeau et Anny Duperey, pour qu’elles incarnent la belle-fille séductrice et la belle-mère autoritaire. C’est une réussite. Sara Giraudeau, jusqu’à présent très limitée dans ce qu’elle avait interprété en scène, trouve la juste expression de la fraîcheur délicieusement immorale. Anny Duperey joue en charge l’impétueuse diva, elle s’amuse et nous amuse. Comme il y a beaucoup de monde sur scène, on relèvera surtout l’interprétation très nuancée de Grégory Baquet (l’ami) et de Benjamin Bellecour (l’amant), le premier douloureux, le second épicurien, avec une présence fort personnelle au cœur du tourbillon. Jean-Paul Bordes n’a pas peur des excès dans son incarnation comique de Poète-Chéri, le ridicule écrivain attaché à la diva. Rufus donne plus de singularité au secrétaire de la même diva. Fagadau dirige cette équipe haute en couleurs dans des décors qui s’ouvrent comme des pages de livres. Il signe un beau spectacle fidèle au brio d’Anouilh et à ses brisures. Car tout n’est qu’étincelles masquant et démasquant le désespoir.

Colombe de Jean Anouilh, mise en scène de Michel Fagadau, décor de Mathieu Dupuy, costumes de Pascale Bordet, lumières de Laurent Béal, musque de Michel Winogradoff, avec Anny Duperey, Sara Giraudeau, Rufus, Gregory Baquet, Benjamin Bellecour, Jean-Paul Bordes, Fabienne Chaudat, Etienne Draber, Jean-Pierre Moulin, Jean-François Pargoud. Comédie des Champs-Elysées, tél. : 01 53 23 99 19. (3 h avec entracte). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

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