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Critiques / Opéra & Classique

Anna Bolena de Gaetano Donizetti

par Jaime Estapà i Argemí

Un opéra très lyrique à partir d’une histoire bien sordide

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Ann Boleyn (1501 ?- 1536), fut un personnage secondaire dans la vie politique anglaise du XVIème siècle. Attiré par sa personnalité et jugeant favorable le moment politico-religieux, le roi Henry VIII l’épousa. Il dut répudier alors sa première femme Catherine d’Aragon - fille des Rois Catholiques d’Espagne et donc tante de l’Empereur Charles V - montrant bien ainsi au passage qu’il ne craignait ni le puissant Empire des Habsbourg ni les foudres du Pape.

De ce mariage naquit Elisabeth, personnage haut en couleurs, - bourreau de Marie Stuart, ancienne reine de France et reine d’Ecosse – qui fut récupéré par Gioacchino Rossini, Benjamin Britten et par Gaetano Donizetti dans plusieurs opéras. Trois ans après son mariage, le roi Henry VIII tomba amoureux de Jane Seymour et voulut se séparer de sa femme. Devant le refus d’Anne Boleyn d’accepter le divorce et d’abandonner le trône il la fit exécuter sur des accusations, probablement fausses, d’adultère, d’inceste et de haute trahison.

C’est autour de cette fin tragique, très au goût du public romantique de l’époque, que Gaetano Donizetti bâtit son 30ème opéra Anna Bolena (1830) du nom italianisé de l’éphémère reine anglaise.

Une production somme toute très médiocre

La production licéiste a brillé par sa médiocrité : la dramaturgie de Rafel Durán s’avéra conventionnelle et le décor de Rafel Lladó illisible. Andrly Yurkevych, neutre sur son estrade, se limita à diriger l’orchestre sans éclat particulier. Ce fut seulement grâce aux voix que la nuit barcelonaise a suscité quelque attention, et bien que toutes n’aient brillé d’un égal éclat, elles ont attiré l’intérêt, voire l’enthousiasme, du public.

Les relations entre Edita Gruberova (Anna Bolena) et le Liceu sont très anciennes et donc, le temps et les habitudes aidant, une partie des aficionados est aujourd’hui totalement dévouée à ses prestations. C’est comme ça. Et, puisque quand on aime on ne compte pas, ses fans l’ont applaudie sans compter et, avec la complicité d’une bonne partie de la presse locale, ils ont entraîné l’ensemble du public à en faire autant à chaque intervention de la soprano. La salle a encensé par exemple ses assourdissants aigus dans les “fortissimi” avec beaucoup de “f”, tellement nombreux que l’on peut se demander s’ils figuraient tous dans la partition. Notons à son crédit les deux ou trois phrases bien rendues “con un filo di voce” avant de monter sur l’échafaud. Au total, il n’y avait pas de quoi en faire un plat, car en revanche le public ne semble pas avoir voulu entendre l’imprécision des notes d’ornement, les cris non contrôlés, les approximations et les fausses notes, les notes inaudibles dans le registre grave et autres imperfections dont son travail a été truffé.

La reine de la nuit fut, en réalité, la candidate au trône.

Portons cependant au crédit d’Edita Gruberova le courage d’avoir accepté de chanter aux côtés d’Elina Garanča, inconnue à ce jour du théâtre de la Rambla, seule vraie reine de la soirée. Lors de leur dialogue du deuxième acte en particulier, il a été impossible d’éviter la comparaison entre les deux cantatrices et de constater à quel point la maturité vocale et interprétative de la mezzo lettone surpassait celui de la soprano dans tous les registres de l’interprétation, à la grande surprise de la plupart des spectateurs médusés.

Josep Bros, ténor local, a défendu le personnage de Lord Percy avec fougue et une envie manifeste de bien faire ; il est doté d’un timbre reconnaissable, maîtrise bien le phrasé, et même si un peu de métal apparaît lorsque sa voix monte en fréquence et en volume, l’émission n’est jamais agressive ni désagréable. Carlo Colombara a mis ses immenses capacités vocales et interprétatives au service d’un roi Enrico VIII autoritaire et coléreux qui, jamais n’abandonna sa passion pour Giovanna Seymour (et on le comprend) et ne céda pas non plus aux menaces du clan d’Anna Bolena. Sonia Prina dans le rôle bref mais complexe de Smeton, Simón Orfila dans le rôle de Lord Rochefort, le frère d’Anna, et Jon Plazaola –Sir Hervey-, méritent une mention particulière. Le chœur s’est limité à chanter sa partition sans défaut mais sans éclat.

Anna Bolena de Gaetano Donizetti. Tragédie Lyrique en trois actes. Livret de Felice Romani. Nouvelle production du Gran Teatre del Liceu. Direction musicale : Andriy Yurkevych. Chef du Chœur : José Luis Basso. Mise en scène : Rafael Durán. Décors : Rafel Lladó. Costumes : Lluc Castells. Eclairage : Albert Faura (A.a.i.). Chorégraphie : Ferran Carvajal. Avec : Edita Gruberova, Elina Garanča, Josep Bros, Carlo Colombara, Sonia Prina, Simón Orfila, Jon Plazaola.

Gran Teatre del Liceu les 20, 25 et 30 Janvier, les 4, 9, 14, 18, 23, 27 février et 5 mars 2011.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18

http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

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