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Critiques / Opéra & Classique

Andrea Chénier de Umberto Giordano

par Jaime Estapà i Argemí

Quand les apôtres du vérisme remontent à l’âge classique

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Le vérisme débute en Italie avec « Cavalleria Rusticana » (1890) de Pietro Mascagni. Il se nourrit de faits divers contemporains violents, et les met en scène de manière tout aussi violente, tant orchestralement que vocalement. Certains auteurs, rebutés par le côté aride du vérisme cherchèrent d’autres formes d’expression plus douces, même si souvent les histoires racontées restaient en réalité tout aussi violentes. Ils se tournèrent alors tout naturellement vers le XVIIIème siècle, siècle civilisé par excellence. La rondeur des formes baroques associée à l’Ancien Régime correspondant à merveille à leur démarche. Les exemples de ce retour à l’âge classique sont nombreux : on peut citer « Eugène Onéguine » (1879) de Piotr Illitch Tchaïkovski, « Manon » (1885) de Jules Massenet, « Rosenkavalier » (1912) de Richard Strauss.

La vague vériste profita de la brèche ouverte par ses détracteurs. Les auteurs véristes se tournèrent eux aussi vers le XVIIIème, mais ils choisirent la fin du siècle, période de grande violence, charnière entre la fin de la Monarchie et l’avènement de l’Empire. « Andrea Chénier » (1896) de Umberto Giordano, « Tosca » (1900) de Giacomo Puccini et le tardif « Il piccolo Marat » (1921) de Pietro Mascagni, entre autres, illustrent cette tendance.

Classicisme, conventions véristes et début du romantisme

« Andrea Chénier » retrace la vie du jeune poète préromantique franco-grec André Chénier (1762 – 1794), personnage historique, guillotiné pendant la Terreur quelques jours seulement avant la mort de Maximilien Robespierre son bourreau. Ceci donna à Umberto Giordano la possibilité de revisiter, avec des conventions véristes, tout à la fois, la fin de la période classique, la Révolution et les débuts du mouvement romantique. Le défi à relever était de taille.

Le 5 octobre dernier au « Gran Teatre del Liceu », le baryton andalou Carlos Álvarez fut à coup sûr le plus brillant vocalement. Il exprima toutes les nuances d’un personnage complexe - Carlo Gérard – tour à tour révolté contre la société, amoureux déchu, ami fidèle, tout cela avec conviction et sincérité. Deborah Voigt interpréta Maddalena de Coigny avec justesse : coquette et insouciante au début, puis, consciente du monde réel et de l’enjeu historique du moment. Ses aigus lors de son grand air -« La mamma morta »- furent parfaits et même si elle abusa quelque peu du rubato en fin de phrase, le public lui accorda le meilleur accueil. José Cura dans le rôle titre, très attendu par les « aficionados » des étages supérieurs du Liceu, fut lui aussi justement et chaleureusement acclamé.

La ronde infernale de la Terreur

L’orchestre du « Gran Teatre del Liceu » fut à la hauteur, mais le Directeur Pinchas Steinberg ne put éviter un défaut structurel de la partition que le compositeur lui-même avait reconnu dès les premières représentations. En fait, souvent la fosse masque la scène lorsqu’une une orchestration dense s’oppose à un chant de faible intensité et dans le registre moyen de surcroît.

La mise en scène et les décors de Philippe Arlaud soulignent les caractéristiques des époques du récit : fond équilibré et symétrique pour la fin de l’Ancien Régime, plans irréguliers, agressifs, fantasmagoriques, lancés dans une ronde infernale pour la Terreur. Tout cela est assez réussi. On peut cependant regretter la maladresse des bruitages électroniques surajoutés à la fin de chaque acte : feux d’artifice au début, bruits de guillotine à la fin, qui cassent l’effet de l’orchestre voulu par le compositeur.

« Andrea Chénier » « Dramma istorico » en quatre actes, livret de Luigi Illica. Production Nouveau Théâtre National (Fundation-Tokio). Mise en scène et décors de Philippe Arlaud. Direction musicale de Pinchas Steinberg. Chanteurs : José Cura, Deborah Voigt, Carlos Alvarez, Francisco Vas, Irina Mishura, Viorica Cortez, Marina Rodríguez-Cusí, Enric Serra, Philip Cutlip, Josep Ruiz, Vicenç Esteve Corbacho, Manel Esteve Madrid, Miguel Angel Zapater. Gran Teatre del Liceu les 25, 29, 30 septembre et les 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 11, 13, 14 et 17 octobre 2008.

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