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Critiques / Théâtre

An Irish story de et avec Kelly Rivière

par Dominique Darzacq

So funny !

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Il y a souvent intérêt à voir un spectacle hors des soirées réservées à la presse et aux professionnels, on peut y vérifier, soit les écarts d’appréciation entre la critique et le public, soit comme ici, constater que Kelly Rivière et son histoire irlandaise rassemblent dans les mêmes applaudissements heureux, critiques et spectateurs. C’est que la dame, qui s’est formée à la danse avant de devenir comédienne, a de l’abattage, de la verve et de l’humour et nous embarque sans coup férir dans sa recherche de Peter O’Farrel, son grand-père irlandais, un drôle de pistolet, disparu des rayons radars familiaux.

En 1949, Peter O’Farrel a dix-neuf ans et décide de quitter son village natal du sud de l’Irlande pour chercher du travail à Londres. Ville à l’époque peu ouverte aux flux migratoires et clamait à chaque coin d’immeuble « no blacks, no irish, no dogs ». Avec lui il y a Margaret, dont parait-il, il était fou amoureux, avec qui il se marie et à qui il fait six enfants en dix ans. Sans argent, sans logement fixe, il noie son chagrin « dans la boisson du diable » autrement dit le whisky, prend l’habitude de s’absenter plusieurs heures, parfois plusieurs jours avant de disparaître définitivement sans laisser aucune trace. Une absence plus envahissante que la présence et ne cesse de tarauder sa petite fille qui ne l’a pas connu. Devant le mutisme ambiant et l’impossibilité de trouver le moindre indice, elle décide, manière « de combler les trous » de la mémoire et de « recoller les morceaux » de sa biographie, de mettre sur la scène son histoire familiale. « Ce récit, je le porte en moi depuis plus de quinze ans » avoue Kelly Rivière qui devient Kelly Ruisseau pour mener avec fougue et détermination son enquête dans un espace scénique qui suggère tout à la fois l’environnement familial et ses racines irlandaises.

Après une brève évocation de ses premiers émois amoureux et, « pour une histoire de hauteur de jambes » de ses rêves brisés de danseuse qui déjà nous prévient que la fiction s’emmêle à la réalité et que l’humour tiendra la dragée haute au pathos, la comédienne occupe tout le plateau et se démultiplie avec une incroyable plasticité. Tout à la fois Kelly Ruisseau et tous les autres personnages : sa mère à l’accent british qui élude toutes les questions de sa fille, son père qui botte en touche, son frère amateur de joints, l’impayable Madame Duluc détective privé, sa grand-mère maternelle en fauteuil roulant que, dans sa rage de savoir ce qui est arrivé à son Peter de grand-père, elle étrangle quasiment au cours d’une rencontre londonienne digne d’Hellzapoppin, autant de personnages dans lesquels elle se glisse, d’un geste, d’une mimique, d’un haussement d’épaule , passe en quelques secondes et avec une stupéfiante virtuosité des douleurs de l’accouchement au bonheur extasié d’une jeune mère.
Passant de Paris à Londres, de Marseille en Irlande, de la cannebière au pub irlandais, de l’anglais au français, d’accent en accent dont elle use comme autant de marqueurs géographiques et sociaux sans jamais nous laisser sur la rive, la comédienne, à travers son enquête obstinée , nous rappelle deux ou trois choses sur les déchirements irlandais, les malheurs de l’exil, la discrimination et de la confrontation des cultures.

Bien mieux qu’une simple performance d’actrice, à la recherche de ses origines, entre rire et larmes retenues, Kelly Rivière donne raison à Antoine Vitez qui affirmait : « On peut faire théâtre de tout ». Celui qu’elle propose vaut le détour.

An Irish Story (Une histoire irlandaise) de et avec Kelly Rivière (1h25)

Théâtre de Belleville jusqu’au 30 juin 2019, du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 20h30
Tel :01 48 06 72 34 www.theatredebelleville.com

Photo ©David Jungman

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