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Critiques / Opéra & Classique

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea

par Jaime Estapà i Argemí

“The stage is a world, the world is a stage...”

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Ce fut sans doute le dramaturge espagnol Don Pedro Calderón de la Barca (1600-1681) qui le premier dans son “auto sacramental” El gran teatro del mundo (Le grand théâtre du monde) proposa, en 1655, la vision du monde comme un grand théâtre.

La métaphore a connu depuis lors un vif succès au point que dans le milieu du “show biz”, par exemple, on n’a cessé de chanter : “The stage is a world, the world is a stage...”. C’est ce jeu de miroirs entre le monde du spectacle et le monde “normal” que souligne la mise en scène de David Mc Vicar, mettant ainsi en relief le côté extrêmement théâtral des situations de l’opéra de Francesco Cilea.

Un livret qui colle à l’histoire réelle

Le livret d’Arturo Collari, tiré d’une comédie dramatique d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé (1849), met en scène le personnage historique d’Adrienne Lecouvreur (1692-1730), célèbre interprète de Pierre Corneille et de Jean Racine à la Comédie Française. L’actrice eut effectivement une liaison avec Maurice de Saxe et mourut empoisonnée dit-on par une rivale. On pensa à la duchesse de Bouillon (Les liens complexes entre la politique et le “show biz” ne datent pas d’hier). L’Église refusa à l’actrice des funérailles religieuses ; la tragédienne fut donc enterrée près de la Seine dans un lieu proche de l’actuel Champ de Mars. Voltaire, en admirateur assidu, écrivit pour l’occasion une ode enflammée : “Dieux ! Pourquoi mon pays n’est-il plus la patrie et de la gloire et des talents ?”.

La coproduction n’a pas lésiné sur les moyens

Un vrai théâtre en bois, avec ses appareillages et sa machinerie en parfait état de fonctionnement, monté sur la plateforme tournante de la scène du Liceu -superbe travail de Charles Edwards- a accueilli les quatre actes de la sombre histoire de la tragédienne amoureuse, du comte naïf et de l’impitoyable princesse. C’est bien dans ce théâtre que la représentation du ballet Giuduizio di Paride (Le jugement de Pâris) s’est déroulée, avec quelques changements de décor spectaculaires et la descente “deus ex-machina” de Jupiter du meilleur effet.

Cette luxurieuse coproduction est proposée à Barcelone non moins de treize fois avec trois distributions différentes. C’est le couple Daniela Dessì -Adriana- et Fabio Armiliato -Maurizio- qui incarna les deux rôles principaux le 17 mai. Le ténor montra précocement des faiblesses d’émission qu’il tenta non sans succès de masquer en utilisant les subterfuges habituels -obscurcissement de la voix, diminution de la puissance,...- mais il déclara forfait à la fin du deuxième acte et fut remplacé au pied levé par l’uruguayen Carlo Ventre. Très probablement sensible aux problèmes de Fabio Armiliato, son amant sur scène et son mari en ville, Daniela Dessì se montra très contenue lors des deux premiers actes et ne s’exprima dans toute sa plénitude vocale et dramatique que lors du troisième et surtout du quatrième acte dont elle survola les difficultés avec grande maestria. Cela lui valut une salve nourrie (excessive ?) d’applaudissements à la fin de la soirée.

Complétèrent la distribution Stefano Palatchi -Bouillon- et Francisco Vas -Chazeuil- deux acteurs très appréciés du public barcelonais. Le napolitain Bruno de Simone fut très justement applaudi dans le rôle de Michonnet, le Directeur de la Comédie Française éperdument amoureux de la tragédienne.

Sous la direction éclairée de Maurizio Benini, l’orchestre de la maison toujours très à l’aise dans le répertoire vériste, ne manqua pas à l’appel et soutint à la perfection chanteurs et danseurs tout au long de la soirée.

Adriana Lecouvreur. Opéra en quatre actes. Livret d’Arturo Colautti sur une pièce d’Eugène Scribe et Gabriel Legouvé. Mise en scène de David McVicar. Direction musicale de Maurizio Benini. Chanteurs : Barbara Frittoli (Daniela Dessì, Micaela Carosi), Dolora Zajick, Roberto Alagna (Fabio Armmiliato, Carlo Ventre), Joan Pons, Giorgio Giuseppini, Francisco Vas, Estefania Perdomo, Gemma Coma-Alabert, Eduardo Santamaría, Marc Pujol....

Coproduction du Gran Teatre del Liceu, Royal Opera House Covent Garden, Wiener Staatsoper, Opéra de Paris.

Gran Teatre del Liceu les 14, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 30 mai et 1 juin 2012.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18
www.liceubarcelona.com

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