Une télévision française de Thomas Quillardet

Une chaîne du service public à vendre !

Une télévision française de Thomas Quillardet

Thomas Quillardet, dont on connaissait l’inspiration tournée vers les fictions de Novarina, Copi, Honoré, Rodrigues, passe à l’enquête contemporaine. Il a étudié lui-même le sujet qu’il traite, à partir d’une longue recherche dans les archives de l’audiovisuel, a écrit la pièce Une télévision française et en a fait la mise en scène. Cette tentative rare, dans le concert du théâtre français, traite du rachat de TF 1 en 1987. A l’époque, la première chaîne appartient à l’Etat. Le gouvernement Chirac la met en vente contre toute attente (on pensait que l’Etat se débarrasserait d’une autre chaîne). Grosse affaire : trois milliards de francs. C’est le groupe Bouygues qui achète, plus performant jusqu’alors dans les chantiers de l’immobilier que dans l’information et la fiction. Ce rachat change l’exercice de l’audiovisuel. Le spectacle montre l’avant et l’après, qui mènera jusqu’aux chaînes d’information en continu.
La grande audace de Thomas Quillardet est de réaliser un spectacle sur l’audiovisuel sans vidéo. Pas un seul film, pas une seule projection ! On passe continuellement de la vie de bureau aux scènes de studio, mais celles-ci sont simplement jouées dans un autre climat, en un autre emplacement de la scénographie. De ce point de vue-là, ce n’est pas tout à fait réussi. Il aurait fallu plus de stylisation, de même qu’il aurait fallu resserrer les deux premières heures, bien longues. Les comédiens jouent avec une belle nervosité dans un décor divisé en plusieurs alvéoles. La leçon d’Histoire est vivante et volontiers amusante. Quand, en 1989, le mur de Berlin est mis à bas par les Allemands eux-mêmes, la nouvelle équipe de TF1 n’est pas prête. Elle n’a presque pas d’images de l’événement, met à l’écran d’autres reportages d’un intérêt très relatif, tandis qu’Antenne 2 couvre l’affaire à chaud avec des films abondants et immédiats. TF1 apprendra à devenir une chaîne mieux adaptée à l’urgence de l’information avec l’arrivée de Michèle Cotta. Le documentaire est riche en révélations mais manque de style, ce qui rend sa durée excessive.

UNE TELEVISION FRANCAISE. TEXTE et MISE EN SCÈNE, Thomas Quillardet. ASSISTANTE À LA MISE EN SCÈNE, TITIANE BARTHEL. SCÉNOGRAPHIE LISA NAVARRO. COSTUMES, BENJAMIN MOREAU. CRÉATION SON, JULIEN FEZANS. CRÉATION LUMIÈRES, ANNE VAGLIO. CHEF DE CHANT, ERNESTINE BLUTEAU
AVEC AGNÈS ADAM, JEAN-BAPTISTE ANOUMON, ÉMILIE BABA, BENOÎT CARRÉ, FLORENT CHEIPPE, CHARLOTTE CORMAN, BÉNÉDICTE MBEMBA, JOSUÉ NDOFUSU, BLAISE PETTEBONE ET ANNE-LAURE TONDU.
Théâtre de la Ville, les Abbesses, 19 h, jusqu’au 22 janvier. Tél. : 01 42 74 22 77. (Durée : 3 h).
Photo Pierre Grosbois

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook