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Critiques / Opéra & Classique

Une autre Cendrillon

par Christian Wasselin

Rossini et Massenet ont chacun fait un opéra de l’histoire de Cendrillon. Pauline Viardot, l’une des plus illustres chanteuses du XIXe siècle, s’est frottée elle aussi à l’exercice.

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Marie Malibran et Pauline Viardot étaient toutes les deux filles de Manuel Garcia. Mais si la première mourut à vingt-huit ans des suites d’une chute de cheval, la seconde mena une longue carrière. Plusieurs carrières en réalité : une carrière de chanteuse (elle fut notamment un inoubliable Orphée en 1859 au Théâtre-Lyrique), une carrière mondaine (elle recevait, dans son salon de la rue de Douai, des personnalités telles que George Sand, Flaubert, Wagner, Dickens ou Berlioz), une carrière de compositeur. A la fin de sa vie en effet, Pauline Viardot (1821-1910) se mit à la composition musicale et signa en particulier plusieurs opéras de salon, d’abord destinés à ses élèves, dont trois sur des livrets de son ami intime Tourgueniev.

Cendrillon en revanche, composé vingt ans après la mort de son mari Louis Viardot et de Tourgueniev, est l’ouvrage d’une jeune artiste de quatre-vingt-deux ans qui se charge d’écrire elle-même les paroles et la musique. Opéra-comique de salon : il ne faut pas s’attendre ici à un vaste ouvrage faisant appel à des forces musicales imposantes. Cendrillon se satisfait de sept voix et d’un piano. Et c’est le cadre d’un salon, précisément, qu’a voulu ressusciter Thierry Thieû Niang sur la scène de l’Opéra Comique, qui devient le lieu d’une mise en abyme : Pauline (jouée par la comédienne Marie Bunel) invite ses amis à représenter son opéra chez elle, avec des moyens de fortune, chacun se contentant du costume qu’il porte et chacun se débrouillant avec les moyens du bord pour figurer décor et accessoires. Quelques extraits de la correspondance de Pauline et quelques pages de musique qu’elle a interprétées servent à installer l’ambiance, après quoi Cendrillon peut commencer et permettra, à l’occasion d’une scène de bal, de retrouver quelques pages écrites par d’autres compositeurs (Saint-Saëns, Adam…). Le procédé, toutes choses égales par ailleurs, peut rappeler celui qu’a imaginé Hofmannsthal pour l’Ariane à Naxos de Strauss.

Un orchestre masqué

S’agit-il d’un chef d’œuvre ? Assurément pas, mais plutôt d’un ouvrage joliment troussé, qui n’a rien à envier à bien des opéras de l’époque considérés avec sérieux. Le livret, qui reprend les grandes lignes du conte, est écrit avec simplicité et efficacité (on est loin de l’emphase d’un Scribe ou des ficelles d’un Carré), et la musique consiste en une succession d’airs et de duos très plaisants, pittoresques sans poncifs, sentimentaux sans afféterie, avec parfois des réminiscences de Schubert, le tout porté par un accompagnement de piano évocateur (joué ici par Bertrand Halary) qui donne l’impression de dissimuler une orchestration imaginaire.

Cette musique qui réclame talent et délicatesse, est interprétée à l’Opéra Comique par les jeunes chanteurs de l’Académie de l’Opéra Comique (promotion de jeunes chanteurs francophones engagée pour suivre une formation intensive), préparés ici par Mireille Delunsch. Le résultat est sympathique, sachant qu’il s’agit d’interprètes en devenir (la représentation du 18, à laquelle nous avons assisté, proposait une distribution différente de celle des 17 et 19 avril). Les filles, d’une manière générale, sont meilleures que les garçons (exception faite d’Olivier Déjean, belle voix et belle présence), et au sein même de la partie féminine, certains talents se détachent comme celui de Magali Arnault Stanczak, soprano voltigeante qui joue la fée comme elle chanterait Olympia ou la Reine de la nuit.

Au total, une partition au charme réel et familier, représentée à la manière d’un impromptu qui met en valeur les qualités de chacun.

photos Pierre Grosbois

Pauline Viardot : Cendrillon. Préparation musicale : Mireille Delunsch. Mise en scène : Thierry Thieû Niang, décors : Emilie Roy, costumes : Christelle Morin et Johanna Richard, lumières : Sébastien Böhm. Chanteurs de l’Académie de l’Opéra Comique (en alternance) : Ronan Debois / Olivier Déjean, Sandrine Buendia / Eva Ganizate, Cécile Achille / Sandrine Buendia, Alix Le Saux, Magali Arnault Stanczak, François Rougier / Patrick Kabongo Mubenga, Safir Behloul. Marie Bunel, récitante. Marine Thoreau La Salle / Bertrand Halary, pianistes. Ce spectacle sera redonné à l’Opéra Comique le 19 avril (www.opera-comique.com), puis repris au Théâtre de Cornouaille-Scène nationale de Quimper les 7 et 8 juin (www.theatre-cornouaille.fr).

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