Stéphanie d’Oustrac et l’Orchestre de chambre de Paris au Théâtre des Champs-Élysées le 12 mars
Nuits de printemps
De Stéphanie d’Oustrac interprétant Berlioz à l’entrée de Polymnie au comble de l’éloquence, un parcours à travers quatre époques de la musique française.
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- 14 mars
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NOUS AVIONS ENTENDU IL Y A QUELQUES SEMAINES Stéphanie d’Oustrac à l’Opéra-Comique dans un récital avec piano. La voici cette fois en compagnie de l’Orchestre de chambre de Paris à l’occasion des Nuits d’été de Berlioz. Six mélodies sur le thème de l’amour furtif, des illusions terrestres, de la volupté de la mort, que Stéphanie d’Oustrac connaît bien et a enregistrées en 2019 avec le pianiste Pascal Jourdan (Harmonia mundi). Un disque où elle ne se contente pas de froidement déclamer, où elle donne de la chair à chaque mot, à chaque situation. Mais on ne retrouve pas entièrement, lors de ce concert donné avec l’Orchestre de chambre de Paris, l’aisance et l’engagement qui font le prix de cet enregistrement. Le timbre, au Théâtre des Champs-Élysées, paraît moins rond, la ligne moins souveraine, même si l’intelligence dramatique est intacte et le sens du mot toujours juste. Stéphanie d’Oustrac sort d’une série de Carmen à l’Opéra Bastille et s’apprête à retrouver, dès le 15 mars, Armide de Lully au Teatro real de Madrid, puis à la Philharmonie de Paris, au Capitole de Toulouse, à l’Opéra royal de Versailles. On a hâte de la réentendre dans Berlioz après qu’elle aura eu le loisir de reprendre souffle.
Fauré, Berlioz, Lully, Rameau ; on peut toujours s’interroger sur ce type de programme. La musique française existe-t-elle en tant que telle, si bien sûr on omet le fait que des compositeurs français écrivent par définition de la musique française ? Existe-t-il un lien si étroit entre Rameau et Fauré ? N’est-ce pas là une vue de l’esprit, tout aussi arbitraire que celle faisant appartenir des personnalités aussi opposées que Weber et Brahms à la sphère de la musique allemande ? Oublions pour l’instant ces débats et soulignons la beauté du phrasé des cordes de l’Orchestre de chambre de Paris dans la suite de Pelléas et Mélisande de Fauré, le pouvoir d’enchantement de la clarinette et de la harpe dans Les Nuits d’été, la manière dont l’orchestre, dont on a réparti les violons 1 et les violons 2 à la gauche et à la droite de Maxim Emelyanychev, respire largement.
L’art du déhanchement
C’est pourtant après l’entr’acte que les musiciens et leur chef invité (n’oublions pas que l’Orchestre de chambre de Paris a, en la personne de Thomas Engelbrock, un directeur musical hors pair) donnent le meilleur d’eux-mêmes. On aurait pu imaginer un ordre différent : que Rameau, par exemple, précède Berlioz. Mais faire enchaîner les suites du Bourgeois gentilhomme et des Indes galantes n’est bien sûr pas sans cohérence chronologique. Maxim Emelyanychev s’agite un peu devant le clavier de son clavecin, il prend la flûte à bec et le tambour avec aisance, et donne à cette musique un entrain assez irrésistible.
Certes, l’Orchestre de chambre de Paris ne fait pas partie de ces ensembles qu’on dit « historiquement informés », là où un orchestre comme Les Siècles aurait sans doute utilisé des instruments de trois époques différentes, mais Maxim Emelyanychev sait très bien insuffler l’esprit qui convient : chef principal de l’Orchestre de la radio suédoise et de l’ensemble Il pomo d’oro, il connaît son Haendel sur les doigts et voyage allégrement de Mozart à Mendelssohn. Les percussions vibrent avec lui avec une grande vivacité, les tempos sont dansants, les Tambourins de Rameau ont quelque chose de serpentin, et la sublime Entrée de Polymnie des Boréades, donnée en bis, est tout à coup d’un charme, d’une élégance irrésistibles, avec ses contours galbés, son léger déhanchement et ses bassons on ne pleut plus expressifs. Il est vrai que Polymnie est la muse de l’éloquence.
Illustrations : Stéphanie d’Oustrac (photo Jean-Baptiste Millot), Maxim Emelyanychev (photo Andrej Grilc / Aparté). Le concert vu d’en haut (photo Orchestre de chambre de Paris)
Fauré : Pelléas et Mélisande, suite - Berlioz : Les Nuits d’été – Lully : Le Bourgeois gentilhomme, suite – Rameau : Les Indes galantes, suite. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano ; Orchestre de chambre de Paris, dir. Maxim Emelyanychev. Théâtre des Champs-Élysées, 12 mars 2026.



