Comédie française hors-les-murs, du 20 mars au 10 mai 2026, du mercredi au samedi 19h, dimanche 17h30, au Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, Paris 10 è.
Les Héros ne dorment jamais, librement inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, mise en scène Edith Proust, texte Edith Proust, Laure Grisinger et Justine Bachelet.
Des chevaliers moyenâgeux aux prises avec l’art du clown.

La comédienne Edith Proust donne avec Les héros ne dorment jamais une relecture d’un symbole de la culture médiévale. Aussi les extraits de Chrétien de Troyes et l’imagerie de Perceval en quête du Graal, sont-ils restitués sur la sellette scénique, à travers un duo inédit de clowns, avec Alain Lenglet.
Le spectacle s’attache à la quête d’héroïsme rêvé, de courage fier, de loyauté - idéal et espérance -, dégagés par des figures exemplaires réinventées au cours des siècles. Le texte cite des extraits de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, et d’autres d’Yvain ou le Chevalier au lion.
Sur scène, deux chevaliers écoutent - et le public avec eux - l’histoire de Perceval grâce à un magnétophone d’où s’élève la voix significative du narrateur Denis Podalydès. On apprécie cette prose poétique créant le tableau de Perceval endormi dans son « jardin bien clos », dans une forêt écartée du monde. Il quitte son enfance maternelle à ses quinze ans, pour se faire chevalier. Le jeune naïf défie sa peur, devenant un combattant choisi, invité à se joindre à la Table ronde. Il pénètre la chevalerie guerrière : sur le champ de bataille, il en perd le sens, pris d’un sentiment d’impuissance.Objet de quête, le Graal est inaperçu par le trop discret chevalier qui ne s’inquiète.
Le duo - Perceval et le Roi, à moins que ce ne soit Perceval et Blanche-Fleur - s’essaye à la grande vie en armure promise à ces héros du Moyen Âge. Et sur la scène, les armures de métal argenté et brillantes imposent leur incongruité et leur mal-aisance, difficiles dans leur manipulation et leur articulation, de beaux objets de musée destinés à la seule contemplation.
L’image inattendue de ce couple comique improbable sied au regard amusé qui voit ces figures précautionneuses s’entrechoquer maladroitement dans la recherche d’un accord fraternel et d’une complicité implicite fondatrice. Amusés, pour dialoguer ou communiquer avec le public, les chevaliers usent de phylactères, des rouleaux de papiers avant la BD, un jeu muet facétieux. Les voilà même qui jouent avec un ballon rouge - image anachronique et joyeuse.
Et la scénographie ajoute à l’émerveillement quand la fameuse Table Ronde, qui est ici rectangulaire, est comme renversée sur la paroi adossée au lointain : une verticalité saugrenue qui laisse voir une nappe blanche avec sa tige et fleur, sa vaisselle d’étain décalée - assiettes, timbales, gobelets, couverts qui du coup sont aimantés - métal contre métal - par les armures.
L’installation plastique est d’un goût étudié, si ce n’est que quand les comédiens sortent de leur lourde armure clinquante, ils surgissent en clowns, cherchant la suite introuvable du roman inachevé de Chrétien de Troyes.
On discerne une fillette Petite Espérance, porteuse du « lendemain du monde », la main tenue par son grand-père nommé Vieille Amertume : « Les vieux avancent pour les petits et les petits trainent le monde ».
Le personnage clownesque d’Alain Lenglet évoque son daltonisme, sa confusion des couleurs, ne pouvant percevoir les taches de sang du Graal maculant le sol, un peu gêné d’être là, face public, dans sa parure moyenâgeuse inopportune. Quant à Edith Proust, une réplique juvénile de la figure d’Arletti de Catherine Germain par François Cervantes, elle va à la rencontre du public, parlant avec le sourire de la vie et de la mort qui restent des repères emblématiques dans le chaos du monde.
Les deux esthétiques ne s’épousent pas : on attendait la suite moqueuse des tribulations de nos deux figures courtoises et allègres en armure, et surgit quand on ne s’y attend pas, l’art du clown.
Les Héros ne dorment jamais, librement inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, mise en scène Edith Proust, texte Edith Proust, Laure Grisinger et Justine Bachelet, dramaturgie Laure Grisinger, scénographie Hélène Jourdan, costumes Colombe Lauriot Prévost, lumières Diane Guérin, son Vanessa Court. Avec la Troupe de la Comédie-Française, Alain Lenglet et Edith Proust, et les voix de Denis Podalydès, Christian Gonon et Suzanne Duthu Harlez. A la Comédie française hors-les-murs, du 20 mars au 10 mai 2026, du mercredi au samedi 19h, dimanche 17h30, au Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, Paris 10, comedie-francaise.fr
Crédit photo : Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.



