Elsa Barraine enregistrée par l’Orchestre national de France
Elsa Barraine, une symphoniste
L’Orchestre national de France et Cristian Măcelaru ne se contentent pas des deux symphonies d’Elsa Barraine.
- Publié par
- 23 février
- Actualités
- Livres, CD, DVD
- 0
-

NÉE EN 1910, ÉLÈVE DE PAUL DUKAS au Conservatoire de Paris, Premier Grand Prix de Rome à l’âge de dix-neuf ans, Elsa Barraine a composé deux symphonies, créées successivement par les Concerts Colonne sous la direction de Paul Paray en 1931, et par l’Orchestre national de la radiodiffusion française dirigé par Manuel Rosenthal le 9 mai 1939. Elle renonça au genre après la guerre, préférant écrire pour la scène et pour le cinéma, et signant également de nombreuses œuvres avec voix. Pédagogue, elle enseigna le déchiffrage au Conservatoire avant de reprendre en 1969 la classe d’analyse d’Olivier Messiaen. Elle s’est éteinte en 1999 à Strasbourg.
Les deux symphonies d’Elsa Barraine ont été une première fois enregistrées par l’Orchestre de la WDR de Cologne dirigée par Elena Schwarz (CPO). Elles nous reviennent à la faveur d’un nouvel enregistrement dû à l’Orchestre national de France et à son directeur musical Cristian Măcelaru, qui fait suite, par les mêmes interprètes, à des coffrets consacrés à Ravel (Naïve) et à Enescu (DG). Concises et assez austères, ces deux symphonies sont conçues l’une et l’autre en trois mouvements. C’est le mouvement lent, dans la Première Symphonie, qui saisit le plus, avec sa section centrale agitée, rageuse, qui précède un retour à une atmosphère moins douce que déprimée. La Deuxième Symphonie, sous-titrée « Voïna » (La guerre), peut être considérée comme un triptyque (la guerre, la mort, le retour à la vie) dont le deuxième mouvement est d’une couleur de deuil sans pour autant ressembler à une marche funèbre. Cette musique, par son ambiance et ses timbres crus, peut rappeler Honegger. Les trouvailles instrumentales y sont plus remarquables que l’inspiration mélodique.
Elsa Barraine s’est engagée dans les rangs de la Résistance puis se rapprocha du Parti communiste. On ne saurait trouver toutefois dans ses deux symphonies un quelconque message politique, le sous-titre « Voïna » pouvant être lu comme une déploration et n’ajoutant rien à la manière dont on peut appréhender la partition.
Du pittoresque dosé avec soin
Cet enregistrement nous propose également une suite de variations symphoniques datée de 1945 et intitulée Song-Koï, qui évoque « un long fleuve limoneux brun-rougeâtre qui prend sa source dans le Yunnan chinois et rejoint la mer peu après avoir traversé Hanoï », expliquent Cécile Quesney et Mariette Thom dans le texte de la plaquette qui accompagne le disque. Une espèce de Moldau asiatique, si l’on veut, inspirée par les révoltes qui eurent lieu à la fin des années 50 et aboutirent à l’indépendance de ce qu’on appelait alors l’Indochine. Des couleurs exotiques mais sans caricature, du mouvement, avec tout à coup une explosion d’ardeur militaire dans le passage intitulé « Le retour des pavillons noirs » : Elsa Barraine nous montre là tout son savoir-faire, et l’Orchestre national est très à son aise en compagnie de cette musique écrite avec clarté et là encore un grand soin porté à l’instrumentation.
Le disque s’achève avec une brève rhapsodie intitulée Les Tziganes (1959), page qui se veut pittoresque, avec ses rythmes dansants, son violon solo, ses traits rapides des cordes. Le tout agrémenté d’un doigt de Liszt et d’un petit quelque chose de Bartók. Cristian Măcelaru, lui-même d’origine roumaine et violoniste, y jubile.
Elsa Barraine : Symphonies n° 1 et n° 2 « Voïna » - Song-Koï (Le fleuve rouge) – Les Tziganes. Orchestre national de France, dir. Cristian Măcelaru. 1 CD Warner Classics.



