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Critiques / Théâtre

Un coeur simple de Gustave Flaubert

par Corinne Denailles

Isabelle et Félicité

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La nouvelle de Gustave Flaubert intitulé Un cœur simple (1 877), qui fait partie du recueil Trois contes, est une merveille littéraire. On vante souvent le style de Flaubert mais ici il repousse encore les limites de son talent en se faisant cinéaste avant l’heure. Il donne véritablement à voir la servante Félicité, domestique auprès d’une bourgeoise quelque peu revêche malgré un bon fond, dévouée corps et âme à sa maîtresse et à ses enfants, Charles et Virginie, sans jamais une arrière-pensée au cours de sa petite vie de dur labeur. Initiée à la religion catholique à travers l’apprentissage du catéchisme par Virginie, elle découvre un univers de paix simple qui la rassure. Cette femme sans âge (« à vingt-cinq ans on lui en donnait quarante ») ne vit que pour les autres comme c’était souvent le sort des servantes au XIXe siècle. Un destin de femme anonyme qui atteint une vraie grandeur sous la plume de l’écrivain. Nous l’accompagnons au fil des événements de son existence, des épreuves terribles de la vie qui ne l’épargnent pas et dont elle triomphe grâce à Loulou, le beau perroquet dont on lui a fait cadeau pour s’en débarrasser. Elle s’éteindra, étourdie de visions dans lesquelles elle confond Loulou et le Saint-Esprit : « Une vapeur d’azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines en la humant avec une sensualité mystique […]. Les mouvements de son cœur ralentirent un à un, plus vague chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît ; quand elle exhala son dernier souffle elle crut voir dans les cieux entrouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête. »
Outre l’épilogue dit en voix off, le texte a été transposé à la première personne par Isabelle Andréani qui en a fait une adaptation fidèle. Cette petite liberté prise avec le texte lui permet d’incarner plus directement le personnage mais aussi peut suggérer que Flaubert, qui a mis dans ce conte de nombreux éléments autobiographique, s’exprime lui-même à travers la voix de Félicité. Dans la scénographie sobre de Caroline Mexme, un plancher à plusieurs niveaux, quelques accessoires et surtout Loulou que Félicité a fait empailler, éclatant de couleurs, la comédienne donne vie à la servante ; le personnage de papier s’incarne dans cette silhouette un peu gironde, énergique et douce à la fois, la « pauvre fille de campagne tendre comme du pain frais », comme la voulait Flaubert, émouvante avec une pudeur d’âme selon le souhait de l’auteur. Isabelle Andréani rend un hommage tendre à toutes ses vies obscures, vies d’abnégation non choisie, ces femmes qui trouvaient naturel de s’effacer dans l’ombre des offices pour permettre à d’autres de jouir de la lumière.
Avignon, du 5 au 28 juillet 2019 au théâtre La luna à 10h55. Durée : 1h20.
La Luna :04 90 86 96 28

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