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Critiques / Jeune Public

U a disparu

par Najett Maatougui

L’être des lettres

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Quand les enfants découvrent le langage, ils n’en mesurent certes pas encore toutes les richesses. Ont-ils seulement conscience de l’importance des voyelles dans la construction des mots qu’ils emploient quotidiennement ? C’est précisément ce que leur permet d’appréhender U a disparu, une pièce qui jongle à merveille avec la pédagogie et la fantaisie. Un spectacle original et abouti qui permet aux enfants, y compris les plus petits, de considérer les voyelles comme de véritables amies.

La nuit, dans la chambre d’un petit garçon endormi, les voyelles baillent et s’assoupissent dans son cahier d’écolier. Elles sont toutes là, du A au Y, en passant par le E, le I, le O et le... U ?... Où est U ? Bon sang, il a disparu ! C’est le point de départ du spectacle. La recherche de U est le prétexte aux facéties et péripéties de ces voyelles qui, non contentes d’avoir fait le grand saut hors des pages du cahier, vont se trémousser, se chamailler, se réconcilier et s’amuser, pour le plus grand bonheur des enfants. Passée la surprise de voir ces lettres vivre et parler, le public découvre, médusé, la singulière personnalité de chaque voyelle. Un A aventurier et plein d’allure ; un E énervé, voire énervant ; un I forcément droit (comme un I), dont les idées fusent ; un O tout en rondeurs, "obèse" selon lui, et enfin ce petit Y, qu’on a envie de cajoler tant on le sent fragile et complexé.

Les comédiens font mieux que donner chair et vie à ces voyelles, ils les rendent attachantes, complexes, vulnérables, en un mot : humaines. Il faut saluer la performance de ces interprètes, débordant d’énergie, qui offrent un jeu tout en contrastes, se fondant dans un caractère bien trempé tout en donnant libre cours à une interprétation débridée. Non seulement ils réussissent à se mouvoir avec une étonnante aisance dans des costumes aux formes insolites (à l’image des voyelles : rondes, carrés ou pointues, selon les lettres) mais ils parviennent aussi à soutenir un rythme incroyable, tout au long du spectacle, allant jusqu’à sauter, tournoyer, tomber et se relever...

Une écriture originale et intelligente

La qualité de ce spectacle repose également sur l’écriture, originale et intelligente qui, en faisant la part belle à la pédagogie (les enfants apprennent la composition des mots, l’importance des lettres, le sens de l’écrit, de la prononciation, etc.), raconte une véritable histoire où les sentiments (la peur, l’amitié, le courage) ont toute leur place. Sans oublier l’humour... Les enfants rient de bon coeur aux facéties de ces voyelles qui chahutent et se lancent des noms d’oiseaux qui soulignent chaque fois le son de ces sacrées voyelles.
A la fin du spectacle, toutes les lettres/personnages vont à la rencontre des jeunes spectateurs qui se pressent autour d’elles pour les observer, leur parler, les toucher, les questionner... Il paraît évident que ces enfants ne verront plus de la même manière les voyelles dans leur cahier d’écolier. Ce qui n’est pas une moindre réussite.

U a disparu, une pièce d’Aurélie Bocquien, Jean-Luc Bertin et Virginie Guillou. Mise en scène de Christophe Glockner. Avec : Benoît Basset, Jean-Luc Bertin, Virginie Guillou, Sandra Honoré, Cédric Villenave. Théâtre La Luna - Avignon - du 6 au 28 juillet 2007 à 10h15 - réservation : 04 90 86 96 28.

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