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Critiques / Théâtre

Tout va bien mademoiselle ! de Julien Cernobori et Hélène Ducharne

par Corinne Denailles

Splendeur et misère d’une malchanceuse

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Au Rond-Point une pièce et une auteure arrivent comme malgré elles. Hélène Ducharne n’avait pas exactement prévu d’écrire une pièce. Cette jeune femme avait juste accepté de conter sa vie au micro de Julien Cernobori pour un podcast d’une filière de Radio France. L’enregistrement a été beaucoup écouté, a beaucoup tourné, a beaucoup séduit et ému au point qu’une actrice-metteur en scène, Marie Rémond, a décidé d’en faire un spectacle qu’elle jouerait elle-même.
Hélène naît et grandit dans une famille autrefois très riche, mais devenue fauchée. A cinq ans, elle chope un staphylocoque mal soigné qui va définitivement lui gâcher la vie. Parce que sa mère n’a pas su voir la gravité de son état, à 17 ans, Hélène est à l’hôpital pour une greffe de rein. Mais la greffe, qui a exigé des mois d’attente et de mise en condition, échoue. La survie est au prix de dialyses bihebdomadaires (elle en dépend toujours). Les bilans sanguins lui font comprendre que son père n’est pas son père biologique. Elle est sans rein, sans hérédité, condamnée à la souffrance et aux obligations médicales. Dix ans plus tard, orpheline, elle retrouve le père biologique, riche avocat, père de famille qui lui enlève ses dernières illusions : elle n’est pas le fruit de l’amour, même clandestin, seulement un accident du désir. Mauvaise pioche, cette famille-là n’est pas pour elle.
Tout irait de Charybde en Scylla si Hélène n’avait pas un caractère en or et si elle ne rencontrait, de temps à autre, des gens merveilleux. Les examens et les opérations sont atroces, Hélène en sort flapie, mais toujours confiante. L’insuffisance rénale se double d’un infarctus, la dernière greffe de rein vire à la septicémie. Tout est sans cesse à réparer. Elle transforme les obstacles et les échecs en victoires. Méfions-nous des gens apparemment sans histoires. Ce sont eux qui luttent le plus et ont le plus de choses à révéler.
Le texte initial recueilli par Julien Cernobori a été resserré par Chistophe Garcia et Marie Rémond qui signent ensemble la mise en scène. Cela donne une heure et demie de quotidienneté magnifique. Le décor a des allures de bric-à-brac : meubles empilés, objets en désordre, machine à café, baignoire, appareil médical… C’est dans ces triviales coulisses de l’existence qu’Hélène se bat, se débat, combat, rebat les cartes. Au gré d’une mise en scène fondée sur le plein et le vide, Marie Rémond qui incarne Hélène (après avoir joué André Agassi et Yvonne princesse de Bourgogne !) endosse les attitudes d’une femme qui a l’air d’être madame tout le monde et dont l’émotion est pure comme du cristal. Elle est Hélène, elle est les autres, elle est nous. Ce spectacle est un plaisir de sensibilité et de grâce rare. C’est beau comme un paysage brossé et lavé par l’orage.

Tout va bien mademoiselle de Julien Cernobori, Hélène Ducharne, d’après Superhéros / Hélène, un podcast créé par : Julien Cernobori, adaptation et mise en scène : Christophe Garcia, Marie Rémond, avec Marie Rémond.
Théâtre du Rond-Point, tél. 01 44 95 98 00, jusqu’au 19 décembre.

© Giovanni Cittadini Cesi

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