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Critiques / Théâtre

Stück Plastik de Marius von Mayenburg

par Corinne Denailles

Jeu de massacre

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Maïa Sandoz est une familière du théâtre du dramaturge allemand Marius von Mayenburg, conseiller artistique de Thomas Ostermeier directeur de la Schaubühne à Berlin, dont elle a mis en scène avec talent trois pièces présentées comme un triptyque, Le Moche, Voir clair et Perplexe (2015). Elle y revient avec ce Stück Plastik (Pièce en plastique) qui n’est pas la meilleure de l’auteur ; il y dégomme les faux-semblants d’une société bien pensante, qui sous des airs comme il faut cache les pires pulsions. La plume de Mayenburg est acérée, son humour trempé dans l’encre du vitriol mais l’auteur ne fait pas dans la dentelle.
Dans Stück Plastik le dramaturge prend pour cible la bonne société intello bourgeoise, forcément de gauche, et le monde de l’art dans tout ce qu’il peut avoir d’arrogant, superficiel et narcissique. Les personnages, dépecés et exposés dans toute leur médiocre culpabilité, sont des êtres perdus ; la femme qui se revendique artiste n’est que l’assistante soumise de Serge Haulupa autoproclamé grand génie. Le fils, en pleine crise d’adolescence se construit de travers dans une ambiance familiale délétère. Le mari, qui s’est perdu de vue depuis longtemps, s’invente une mission médicale en Afrique qu’il n’aura pas le courage d’assumer et cherchera consolation une nuit sur les genoux de la femme de ménage qu’on vient d’engager. Personnage principal de ce tableau désastreux, Jessica est méprisée, humiliée, maltraitée sous couvert de fausse compassion et d’un soi-disant désir de bien faire. La violence que ses patrons lui infligent n’est peut-être que l’expression de leur violence intérieure, de leur incapacité à s’intéresser à autrui, une vengeance de classe qu’ils ont les moyens d’exercer.
Mayenburg écrit un théâtre de l’excès qui supporte mal le surlignage comme l’avait bien compris le groupe flamand TgStan qui a mis en scène la pièce avec une distance et une inventivité qui avaient pour vertu de révéler en sous-main toute la violence et la dérision du texte et d’en enrichir les enjeux. Maïa Sandoz s’est trouvée ici moins inspirée que dans les mises en scène précédentes ; elle propose une lecture au pied de la lettre sans surprises qui ne valorise pas le texte.

Stück Plastik de Marius Von Mayenburg, traduction Mathilde Sobottke ; mise en scène Maïa Sandoz avec Serge Biavan, Maxime Coggio, Paul Moulin, Maïa Sandoz, Aurélie Verillon. Lumières, Julie Bardin ; scénographie et costumes, Catherine Cosme. Au théâtre des quartiers d’Ivry jusqu’au 16 novembre 2018. Durée : 1h40. Résa : 01 43 90 11 11.

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