Accueil > Sous d’autres cieux d’après L’Enéide de Virgile

Critiques / Festival / Théâtre

Sous d’autres cieux d’après L’Enéide de Virgile

par Corinne Denailles

Enée, de Troie à Rome, histoire d’un exil

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Adapter L’Enéide de Virgile, ce long poème dramatique, peuplé de mille personnages et autant de péripéties imité de L’Iliade et L’Odyssée d’Homère et qui a pour objet la genèse de la naissance de Rome, n’est pas une mince affaire. Après la guerre de Troie, le Troyen Enée fuit la ville incendiée avec son fils Ascagne et son père Anchise qu’il porte sur les épaules (objets de nombreuses représentations picturales et d’une sculpture du Bernin). Le périple d’Enée avec ses compagnons sur la mer est imité du voyage d’Ulysse. A chaque fois qu’ils croient avoir trouvé une terre d’accueil un désastre s’abat sur eux et ils doivent fuir. Ils échappent ainsi à la peste, au Cyclope Polyphène, au détroit redoutable de Charybde et Scylla jusqu’à ce qu’une tempête les jettent sur la rive de Carthage, en Libye, ville fondée par Didon. Didon et Enée tombent amoureux mais Enée doit la quitter pour s’acquitter de sa mission, fonder Rome. Abandonnée, Didon se suicide.

La mise en scène de Maëlle Poésie compose un spectacle selon plusieurs axes. Elle l’organise comme un puzzle qui chamboule la chronologie pour mieux faire émerger la question de l’exil et du souvenir qu’en garde Enée (Marc Lamigeon). Au coeur du spectacle, le récit des aventures d’Enée dit sur le mode antique du poème dramatique qui aurait supporté encore quelques coupes et un mode de narration plus familier. De très beaux intermèdes chorégraphiés suggèrent le voyage en mer, l’exil de ces rescapés de la guerre malmenés par les tempêtes, corps agglutinés par la peur, jetés sur différents rivages et toujours rejetés à la mer. En contrepoint, des scènes qui s’apparentent à la comédie quand il s’agit de représenter l’Olympe et ses dieux, irrésistible scène de ménage entre Jupiter (Harison Arevalo) et Junon (Roshanak Morrowatian). Un Jupiter inattendu, drôle, séducteur et désinvolte, sûr de ses attraits et de son pouvoir. Le mariage de Didon (Véronique Sacri) et Enée sous les auspices de Junon et Venus qui dansent en leur honneur est aussi très réussi, un oasis coloré et festif. La scénographie de Damien Caille-Perret est à la fois simple et inventive, composant plusieurs plans imbriqués ; en particulier l’ingénieuse représentation de l’Olympe ne manque pas d’humour. Un spectacle intelligent, sans emphase, une épopée de notre temps.

Sous d’autres cieux Texte, traduction, dramaturgie Kevin Keiss. Adaptation Maëlle Poésy, Kevin Keiss. Mise en scène, chorégraphie Maëlle Poésy Avec Harrison Arevalo, Genséric Coléno-Demeulenaere, Rosabel Huguet, Marc Lamigeon, Roshanak Morrowatian, Philippe Noël, Roxane Palazzotto, Véronique Sacri. Et la voix de Hatice Ozer. Scénographie Damien Caille-Perret. Lumière César Godefroy . Vidéo Romain Tanguy. Son Samuel Favart-Mikcha en collaboration avec Alexandre Bellando. Costumes Camille Vallat . Avignon, Cloître des Carmes jusqu’au 14 juillet 2019 à 22H. Durée : 2h.

© Christophe Raynaud De Lage

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.