Paris, théâtre de la ville du 2 au 11 mai 2012

Robert Plankett

Une histoire simple

Robert Plankett

Ce Robert Plankett on aurait bien aimé le rencontrer ; ça devait être un sacré bonhomme pour que son décès brutal cause une telle pagaille dans le cœur de ceux qui l’aiment. Leurs relations qui mélangeaient l’amitié, l’amour et le théâtre devaient être intenses et passablement fusionnelles. Enfin, c’est un des scénarios possibles qui s’échafaude dans la tête du spectateur sans même qu’il y prenne garde, comme si le cerveau était directement relié à ce qui se passe sur scène sans même que les informations reçues passent par la conscience. C’est à travers le ressenti de ses proches que se révèle peu à peu le portrait en creux, à plusieurs voix, de Robert Plankett. Tout paraît d’une grande simplicité et pourtant il est clair que ce travail élaboré collectivement directement sur le plateau et mis en scène par Jeanne Candel a été conçu avec une rare subtilité. La liste des matériaux énumérés sur le programme ne donne aucune idée du résultat, si ce n’est une impression d’inventaire à la Prévert ; il ne manque que les hérissons qui pourtant auraient pu avoir leur mot à dire.

Rien plus complexe que de faire simple, de donner l’impression qu’il n’y a pas d’histoire, que personne ne joue, que les acteurs sont sur scène comme dans leur salon tout en tricotant serré le maillage du spectacle. Cela commence par un faux début qui est le vrai commencement. Une très jeune femme charmante et décidée (Sarah Le Picard) s’installe à l’avant-scène et joue aux devinettes avec le public : « qui pense que le spectacle a commencé ? qui est le plus gêné de vous ou de moi ? ça pourrait commencer comme ça…ou comme ça… » Et le temps de se le dire on est embarqué. Dans la foulée un jeune homme vient raconter une histoire qui tient du conte, ou du rêve, et s’avèrera un cauchemar, mais plus tard. Puis le rideau de papier kraft se déchire. Une ancienne amoureuse de Robert lit sur son corps la carte géographique de leur histoire d’amour. On trie, on remplit des cartons, on fait les démarches administratives, on pleure, on rit, on se chamaille, on discute de savoir si on va céder l’urne funéraire aux parents qui la réclame.

Une histoire simple de vie, de mort, de deuil, de perte mais racontée de manière fantasque et pas du tout linéaire. Un peu à la manière de Wajdi Mouawad dans Forêt, moins le lyrisme de l’écriture, un médecin explique de manière très scientifique ce qui est arrivé à Robert, qui pour l’occasion, revient se prêter à la démonstration. L’esthétique du spectacle évoque l’univers d’Arnaud Desplechin, ou de Noémi Lovski, qui scrute l’intimité des gens avec talent. Douée d’une énergie et d’une belle inventivité narrative et théâtrale, le jeune collectif La vie brève a de beaux jours devant lui.

Robert Plankett, par le collectif La Vie brève. Mise en scène : Jeanne Candel. Ecriture et jeu : Marie Dompnier, Lionel Dray, Sarah Le Picard, Laure Mathis, Hortense Monsaingeon, Juliette Navis-Bardin, Jan Peters, Jeanne Sicre, Marc Vittecoq.

Théâtre de la ville, du 2 au 11 mai 2012, du mardi au samedi à 20h30. Tél. : 01-42-74-22-77. Lundi, mardi, vendredi et samedi, à 20 heures ; jeudi à 19 heures. Durée : 1 h 25.

www.theatredelaville-paris.com

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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1 Message

  • Robert Plankett 20 juin 2012 23:14, par Xavier de Montreuil

    Bonjour

    J’ai adoré cette pièce ! C’est inventif, frais, juste et émouvant. Un spectacle comme je n’en avais pas vu depuis longtemps.

    D’ailleurs je cherche une information. Il y un très beau moment dans la pièce où les comédien-e- s chantent ensemble, à plusieurs voix, un morceau de classique sans doute, mais que je n’ai pas reconnu.
    Quelqu’un pourrait peut-être me dire quel est ce morceau ?
    D’avance merci !
    Xavier

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