Paris-théâtre de la ville
Raoul de James Thierrée
Quelque chose d’un ange

Aujourd’hui tout le monde connaît James Thierrée. Il n’aura fallu que trois spectacles, La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses et Au revoir parapluie, pour que cet enfant du cirque subjugue tous les publics. James Thierrée est un travailleur acharné qui exige de lui-même l’impossible. Il l’obtient en payant cher de sa personne ce désir d’absolu qui nous transporte au pays de ses rêves traversés de scènes cauchemardesques, poétiques et burlesques, peuplés d’animaux fabuleux construits par Victoria Chaplin-Thierrée, sa mère aux doigts de fée. Cette fois, il est seul en scène ou presque dans un décor de voiles blanches qui claquent sous le vent de son imagination. Outre ce double sur lequel il bute régulièrement, il y a les animaux merveilleux, marins et terrestres, poisson, baleine, méduse, oiseau, éléphant. Dans la solitude de son tipi de métal, Raoul se bat avec les éléments qui lui échappent, se rebellent, vivent leur vie. Il semble aux prises avec une urgence vitale indicible qui affecte le rythme du spectacle mené à une cadence infernale. James Thierrée conjugue l’acrobatie, le mime — surtout le mime — la danse — quand le geste acrobatique se prolonge dans un mouvement dansé, pure merveille —, et même l’illusion théâtrale. Il surgit, disparaît, multiplie les tours de passe-passe et nous laisse aussi baba qu’un enfant devant un tour de magie. On ne se lasse pas des numéros pourtant archiconnus qu’il exécute avec une grâce inouïe : la marche à toutes les vitesses, pourtant immortalisées par le mime Marceau, de même que la situation classique d’enfermement derrière une paroi invisible. Finalement, s’arrachant aux contingences, Raoul s’élève au-dessus des éléments pour rejoindre le peuple des anges dont il est sans nul doute issu.
Raoul, mise en scène, décor et interprétation, James Thierrée, costumes, bestiaire Victoria Thierrée, son Thomas Delot, lumières Jérôme Sabre. Intervenants artistiques, Kaori Ito, Magnus Jakobsson, Bruno Fontaine, Matthieu Chedid. Au Théâtre de la ville jusqu’au 5 janvier 2010. Du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 17h. Durée : 1h20
crédit photographique : Richard Hougton



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