Paris, à l’Odéon-théâtre de l’Europe, jusqu’au 19 février 2012
Prométhée enchaîné d’ Eschyle
Olivier Py achève son cycle tragique … et son mandat

Après une version intégrale de L’Orestie en 2008, puis la trilogie d’Eschyle, Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, Les Perses, en 2011, présentée sous une forme concise et percutante (webthea, mai 2011), Olivier Py clôture son compagnonnage avec le tragédien grec. Comme pour sa trilogie, il a procédé à une réécriture brève et incisive en conservant le souffle farouche du verbe du poète.
La Trilogie s’inscrivait dans le cadre d’un “théâtre d’intervention ” avec un dispositif léger permettant une représentation dans de nombreux lieux publics hors des théâtres, cette nouvelle création marque un retour à une localisation plus traditionnelle. Aux Ateliers Berthier, si l’organisation bi-frontale a été maintenue, elle se situe dans un autre registre. L’envers d’un cadre de scène face au public a été reconstitué dans la scénographie de Pierre-André Weitz. Il ouvre sur dix rangs de fauteuils partiellement occupés par une table de travail du metteur en scène (tout un symbole), qui, tout autant que la scène étroite, constituent un espace de jeu pour les comédiens.
Dans cette référence appuyée au théâtre, prend place l’évocation du mythe de Prométhée (Prévoyant en grec) qui a dérobé le feu céleste pour en livrer l’usage aux humains, en provoquant la colère de Zeus alors au début de son règne. Pour le châtier, il le condamne à être enchaîné à un rocher par son forgeron de fils, Héphaïstos, accompagné des divinités (Kratos et Bia) Pouvoir et Force. Une situation initiale qui engage à travers les fluctuations des rapports entre les différents personnages de la pièce une réflexion politique sur le pouvoir, la tyrannie et l’injustice, avec la nécessité de résistance qu’elle qu’en soit l’issue. Une vision pessimiste pour laquelle Olivier Py a imaginé un épilogue qui laisse aux humains une possibilité d’espoir en poursuivant leur combat pour la liberté.
Comme pour les trois pièces précédentes d’Eschyle montée par Olivier Py, l’interprétation se limite à trois interprètes. Le metteur en scène, s’empare du rôle-titre avec une belle densité, tour à tour flamboyant ou lyrique pour exprimer la rébellion et la douleur portées à travers sa gestuelle et son évident appétit des mots. Celine Chéenne (Le chœur des Océanides), remarquable, exprime avec rythme et musicalité les accents et les colorations chorales du texte, et, dans ses mutations, Xavier Gallais (Héphaïstos, Océan, Io, Hermès, Pouvoir et Force) apporte une belle présence à ses personnages. Toutefois, malgré sa réussite, ce Prométhée n’atteint pas la même intensité que les trois spectacles qui l’ont précédé. La faute sans doute, à la suppression d’un rapport de vraie proximité entre acteurs et spectateurs, qui avait tant contribué à l’impact de la trilogie.
Si l’on peut s’étonner de la brièveté de représentation de ce spectacle, qui ne connaîtra pas de tournée, il clôture de belle manière –avant une dernière mise en scène avec des comédiens allemands, Die Sonne – les cinq années fructueuses d’Olivier Py à la direction de l’Odéon, puisque son départ polémique est prévu courant mars prochain.
Les textes d’Olivier Py, Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, Les Perses et Prométhée enchaîné, sont réunis dans un ouvrage édité par Actes Sud - Papiers
Prométhée enchaîné d’Eschyle, texte français, adaptation et mise en scène Olivier Py, avec Céline Chéene, Xavier Gallais et Olivier Py. Décor et costumes Pierre-André Weitz, lumières Bertrand Killy. Durée 1 heure. Odéon-Théatre de l’Europe aux Ateliers Berthier, jusqu’au 19 février 2012.




