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Critiques / Théâtre

Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat

par Jean Chollet

La Révolution incarnée par le peuple

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En général, lorsque le théâtre évoque la Révolution française, c’est à travers les grandes figures historiques qui ont marqué cette période, que ce soit dans La Mort de Danton, de Georg Büchner, 1789 et 1793 par Ariane Mnouchkine avec le Théâtre du Soleil, ou plus récemment Notre terreur , par Sylvain Creuzevault et la compagnie D’ores et déjà, en 2009. Une des premières originalités de cette création de Joël Pommerat, qui couvre la période allant de 1787 à 1791, tient dans l’absence des acteurs majeurs retenus dans les livres d’Histoire, de Robespierre à Saint-Just, Mirabeau, Danton ou Desmoulins, hormis la présence du roi Louis XVI et celle discrète de la reine Marie-Antoinette, parfois accompagnée de sa belle-sœur Elizabeth. A partir d’un long travail de documentation et de recherche, mené en collaboration avec le jeune historien Guillaume Mazeau, Joël Pommerat, tisse, dans un souffle épique, les débats, conflits, oppositions, angoisses, inquiétudes ou aspirations, qui ont animés les différentes couches sociales de l’époque. A travers les représentants du Tiers- état, des membres des Etats généraux à Versailles, de l’Assemblée nationale après sa constitution, ou encore des participants actifs à une réunion de l’un des soixante districts parisiens récemment créés, pour contribuer à l’élection de députés.

Si le sujet est historique, il ne s’agit pas, sous cette forme théâtrale, d’une reconstitution. Mais d’une plongée pénétrante dans l’actualité d’une époque qui permet de faire entendre et ressentir, à partir d’une réforme fiscale agréée par le roi pour combler un lourd déficit budgétaire, les courants qui ont contribués aux évolutions attendues d’un peuple conscient de son droit et de son besoin naturel d’équité, de justice et de démocratie, malgré un certain attachement à la monarchie. Dans la fusion d’un espace scénique frontal sobre et ouvert, tout autant composé de panneaux patinés partiellement mobiles que des fines structurations des lumières de Eric Soyer, avec la salle, dans une spatialité assimilable a celle utilisée pour les Etats généraux, et dans laquelle le public se trouve immergé au cœur des débats entouré des personnages interventionnistes, dans une ambiance confortée par les remarquables applications des dispositifs sonores de Grégoire Leymarie. Autant d’éléments qui contribuent à mieux appréhender les enjeux et revendications formulés à l’époque, au regard du présent, où certains objectifs sont encore loin d’avoir été atteints, après une instrumentalisation de la Révolution à des fins politiques.

Dans les costumes de Isabelle Deffin, inspirés de différentes périodes contemporaines, les quatorze comédiens sont remarquables d’intensité dans les affrontements verbaux et parfois physiques, avec une apparente spontanéité convaincante. Tous sont à réunir dans l’éloge de leur interprétation de plusieurs personnages, qui sont rejoints par une trentaine d’anonymes que Pommerat appelle “ les forces vives ”, dans un prolongement de l’esprit artistique qui anime depuis ses débuts la Compagnie Louis Brouillard. Répartie sur une durée totale de 4 heures 20 , la représentation associe avec finesse et sobriété, réalité historique et la fiction, sous une forme intelligente et sensible qui peut s’apparenter à un manifeste pour un “théâtre citoyen ”, en attente d’un nouveau volet qui devrait s’ouvrir sur les années 1792 – 1795.
Créé au Théâtre Nanterre-Amandiers, ce spectacle, deux fois moliérisé en 2016 (Meilleur spectacle et meilleur auteur francophone) fait escale au Théâtre de la Porte Saint Martin, après une longue tournée en ce moment au Théâtre de la Porte Saint Martin

Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat, avec Saada Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Eric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Julliard, Anthony Moreau, Ruthe Olaizola, Gérad Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir. Scénographie et lumière Eric Soyer, costumes et recherches visuelles Isabelle Deffin, son François Leymarie. Durée 4 heures 20 compris deux entractes.

Théâtre de la porte Saint-Martin du jeudi au samedi 19h, dimanche 17h
tel 01 42 08 00 32 www.portestmartin.com

Photos © Elizabeth Carecchio

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