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Critiques / Théâtre / Musical

Prévert de Yolande Moreau et Christian Olivier

par Corinne Denailles

Hommage au grand Jacques

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Le chanteur Christian Olivier, membre fondateur du groupe Les têtes raides, qui depuis a tracé sa route personnelle (parmi ses créations, un album Prévert), et la comédienne Yolande Moreau se sont rencontrés en Suisse à l’occasion d’une exposition sur Prévert. Cette rencontre est à l’origine de ce spectacle qui dessine à deux voix le portrait d’un Prévert tout en douceur et contrastes. Accompagnés par trois musiciens (Serge Begout à la guitare, Pierre Paysan au clavier, cuivres, scie musicale, bruitages et Scott Taylor à l’accordéon, cuivres et percussions), l’un chante, le chapeau noir vissé sur la tête, la dégaine quelque peu nonchalante, l’autre dit les textes et chante aussi parfois, avec cet air perpétuellement innocent, étonné et à la fois effarouché par on ne sait quel danger. Alternativement, ils abandonnent le profond fauteuil dans lequel ils sont assis, de chaque côté de la scène, pour empoigner le micro. Christian Olivier scande la poésie de sa voix grave, un peu fêlée, Pater noster, Ordre nouveau, Yolande Moreau est irrésistiblement drôle quand elle interprète d’une voix ténue et faussement incertaine l’ironique fable du Dieu-lapin (Ecritures saintes) : « Dieu est un gros lapin […]/ Une fois il a eu un grand fils/Un joyeux lapin/Et il l’a envoyé sur la terre/Pour sauver les lapins d’en bas/Et son fils a été rapidement liquidé/Et on l’a appelé civet » ou l’improbable Rain song en forme de rap et d’aboiements, et très émouvante dans La grasse matinée. En duo ils interprètent Les feuilles mortes d’une manière si personnelle, tout en lenteur du bout de la voix, qu’on en oublie les vibratos d’Yves Montand. Étranges étrangers dit mieux que tout discours la dure condition d’exilé, avec Barbara Prévert chante l’amour. Les deux complices déclinent les multiples facettes de ce grand humaniste, poète révolté par la misère humaine qui maniait la tendresse, l’humour et l’absurde en virtuose. Une chaleureuse causerie poétique et musicale.

Prévert de Yolande Moreau et Christian Olivier. Avec Yolande moreau et Christian Olivier ; Serge Begout à la guitare, Pierre Paysan au clavier, cuivres, scie musicale, bruitages et Scott Taylor à l’accordéon, cuivres et percussions. Au théâtre du Rond-point à 18h30 jusqu’au 10 février 2019. Durée : 1h20.

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