Les Contes de Perrault, au Théâtre de l’Athénée jusqu’au 17 avril
Perrault au shaker musical
La féerie musicale oubliée de Félix Fourdrain est brillamment ressuscitée par la troupe des Frivolités parisiennes.
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- 6 avril 2025
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- Musique
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On l’avoue, on n’avait jamais entendu parler jusqu’ici de Félix Fourdrain (1880-1923). Ni d’aucun de ses grands succès, opéras, opérettes, et autres musiques légères, qui firent courir les foules de la Belle Époque. Il a fallu la référence des Frivolités parisiennes, troupe pleine d’allant qui nous a épaté plus d’une fois dans l’exhumation de répertoires oubliés, pour nous inciter à prendre le chemin de l’Athénée où la troupe propose cette féerie lyrique en trois actes d’après les Contes de Perrault.
S’y croisent, se poursuivent, s’aiment ou s’invectivent tous les personnages les plus fameux du conteur du XVIIe siècle qui ont bercé (ou épouvanté) notre enfance. La scène et la fosse de l’Athénée suffisent tout juste à contenir la foule d’interprètes que nécessite cette pochade en forme d’opéra-comique avec une alternance de parties chantées et parlées. Sur des vers à la rime très approximative des deux librettistes attitrés de Fourdrain, Arthur Bernède et Paul de Choudens, les solistes se mêlent au chœur dans une joyeuse sarabande tandis que l’orchestre des Frivolités parisiennes égrène airs entraînants de valses et roucoulades de berceuse.
Pour nous motiver, il a fallu aussi la signature de Valérie Lesort qui nous a enchanté plus d’une fois avec ses mises en scène pleines de trouvailles, d’astuces et d’humour (entre autres, La Mouche, Le Voyage de Gulliver et La Petite Boutique des horreurs, avec son compère Christian Hecq). Cette fois, elle est seule aux manettes de ce digest des Contes qui prend la forme d’un opéra à machines revu et allégé par Disney où le merveilleux le dispute à l’inquiétant et au loufoque. Sans jamais verser dans la gaudriole à laquelle on s’attendrait pourtant à l’instar de tant d’œuvres de la Belle Époque.
Livres animés
Pas de marionnettes ici comme dans ses précédents spectacles mais des costumes irrésistibles de Vanessa Sannino, costumes semi-rigides en carton et en 2D aux couleurs acidulées qui obligent les acteurs/chanteurs à se déplacer toujours latéralement et à ne jamais montrer … leur derrière. Le but est d’imiter ces livres animés pour enfants dits pop-up dont les images se déploient à mesure qu’ils en tournent les pages. Extrêmement chorégraphié, le procédé peut lasser n’était la vivacité avec laquelle il est mis en œuvre. Tout en légèreté également, les animations en vidéo, papillons, petits cœurs… qui volètent de-ci de-là sur les cartels annonçant les différents actes.
De la même main toujours avisée, la metteure en scène a réécrit le livret actualisant les dialogues sans trop forcer la note. On glisse d’un conte à l’autre sans s’en apercevoir. Au fil de l’action parfaitement loufoque on croise tous les personnages principaux imaginés par Perrault dont les (més)aventures s’entrechoquent comme dans un grand shaker narratif.
Olibrius en saboteur
C’est Le Petit Poucet qui ouvre la marche entouré de ses sept frères. Suivent Cendrillon et l’inévitable Prince charmant, Peau d’âne et le Chat botté et ainsi de suite... Mais il y a aussi des outsiders tout à fait inattendus, à l’effet comique irrésistible : comme l’affreux sorcier Olibrius qui s’ingénie à saboter les sortilèges amoureux concoctés par la bonne fée Morgane. Les séquences se succèdent avec fluidité et l’on se laisse porter sans chercher une quelconque cohérence à l’ensemble.
Menée avec énergie par le jeune chef Dylan Corlay, la troupe ne lésine pas sur son engagement, se prêtant volontiers aux indications très précises de la mise en scène. Certains chanteurs endossent plusieurs rôles. Dont la star de la soirée au nom prédestiné, la pétulante soprano Anaïs Merlin, dotée d’un joli brin de voix, qui passe en un tournemain du personnage du Petit Poucet à celui de Cendrillon puis du Chaperon Rouge.
Inévitablement on pense à Offenbach tout au long du spectacle. Surtout pendant l’air du rêve qui fait bien sûr penser à celui, fameux, de la Belle Hélène : « Oui c’est un rêve… » Mais Fourdrain est loin d’atteindre la virtuosité de son aîné. Il n’empêche, si ses Contes de Perrault ne sont pas immortels, cette production des Frivolités parisiennes fera date à coup sûr.
Photo : Fabrice Robin
Félix Fourdrain : Les Contes de Perrault. Avec Anaïs Merlin, Julie Mathevet, Romain Dayez, Enguerrand De Hys, Lara Neumann, Camille Brault, Eléonore Gagey, Hortense Venot, Richard Delestre, Philippe Brocard, Lucile Komitès, Geoffroy Buffière. Mise en scène et adaptation : Valérie Lesort ; scénographie, costumes et décors : Vanessa Sannino ; création lumières : Pascal Laajili ; création vidéo : Vanessa Sannino, Julie Boissy, Joris Thouvenin ; chorégraphies et mouvements : Rémi Boissy ; création des marionnettes et des masques : Carole Allemand ; réalisation des marionnettes et des masques : Carole Allemand, Louise Digard, Einat Landais, Jérémie Legroux. Chœurs et orchestre des Frivolités parisiennes, dir. Dylan Corlay.
Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 17 avril.
Tournée : le 24 avril au Théâtre impérial de Compiègne, le 27 avril au Théâtre Raymond Devos de Tourcoing, du 21 au 26 novembre à l’Opéra de Dijon.



