Châtillon, Théâtre de Châtillon jusqu’au 6 février et en tournée

Peines d’amour perdues de William Shakespeare

Une comédie brillante et vive

Peines d'amour perdues de William Shakespeare

Le jeune roi de Navarre et trois de ses amis décident de s’amender de leurs vies frivoles en se retirant du monde pour se consacrer entièrement à l’étude et à la méditation. Parce que la jeunesse est l’âge des serments, il jure solennellement de respecter les clauses assorties à cet engagement, dont la plus draconienne leur interdit la fréquentation des jeunes filles. C’était sans compter l’arrivée au château de sémillantes personnes, dont la princesse de France, venues rendre visite au roi. Affolés, les jouvenceaux manque à tout sens de l’hospitalité et installent les damoiselles au jardin, sous la tente. Les belles sauront bien se venger, prendre les godelureaux dans leur filet, l’un après l’autre, ridiculiser leurs vers précieux et ampoulés, leurs manigances naïves. La chasse est ouverte et le gibier à portée d’arc. Elles sont lumineuses de beauté et d’intelligence, prompte à la répartie et leurs pointes, qu’elles aiguisent entre elles, font mouche à tous coups ; ils sont dadais et pédants à la fois, et sous leurs fanfaronnades, tout entiers entre leurs mains. Les huit jeunes acteurs qui composent cette charmante société sont épatants de vivacité, d’intelligence de jeu, chacun dessinant un portrait singulier de son personnage : Alice Benoit, Pauline Bertani, Flora Brunier, Hélène Stadnicki, Gaëtan Guérin, David Gouhier, Richard Pinto, Antoine Sastre. Bertrand Fieret interprète le valet Courge, monté sur ressorts, il porte sous sa tignasse rousse l’esprit même de la comédie, porte-parole du petit monde des humbles, aux côtés de la douce Jacquinette (Claire Théodoly) avec laquelle il batifole volontiers. Depuis la très belle mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota, on n’avait pas vu la pièce sous d’aussi charmants attraits. Gilles Bouillon l’a mis en scène dans des couleurs acidulées et vives avec une grâce et un esprit moqueur qui fait merveille. Il a découpé la scène en deux espaces qui alternent ; à l’avant-scène la bibliothèque affiche ses sérieuses façades pleines de livres ; elle laisse place au grand espace de verdoyant de la campagne. Sur le ton de la légèreté, il est question de rapports de pouvoir, politique, social, amoureux dans un climat joyeux qui palpite de sensualité. Shakespeare, qui se fait virtuose de la langue et des jeux ornementaux, fait preuve, dans cette pièce de jeunesse, d’une créativité brillante. Il trouve prétexte à théâtre dans le théâtre et à déguisements ce qui donne lieu à une très jolie scène où ces demoiselles masquées chacune sur une balançoire mystifient les mystificateurs qui se font passer pour des russes en manteaux et toques de fourrures. Un spectacle qui réconciliera avec Shakespeare tous ceux, jeunes ou moins jeunes, qui le prennent encore pour un auteur barbant.

Peines d’amour perdues de William Shakespeare. Traduction Jean-Michel Déprats. Mise en scène Gilles Bouillon. Avec Alice Benoît, Catherine Benhamou, Flora Brunier, Pauline Bertani, Hélène Stadnicki, Claire Théodoly, Bertrand Fieret, David Gouhier, Gaëtan Guérin, Xavier Guittet, Florian Haas, Richard Pinto, Antoine Sastre. A Châtillon, jusqu’au 6 février. Lundi, mardi, jeudi samedi à 20 h 30. Tel : 01.55.48.06.90. En tournée les 12 et 13 février à Saint-Michel-sur-Orge, les 25 et 26 février à Chambray-les-Tours, du 4 au 6 mars au Théâtre national de Nice, les 23 et 24 mars, au Splendid de Saint-Quentin.

© Nathalie Giraud

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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