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Critiques / Théâtre

Ossyane d’après Amin Maalouf

par Corinne Denailles

Dans le tourbillon de l’Histoire

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Quelle bonne idée que d’adapter au théâtre le magnifique roman d’Amin Maalouf, Les Échelles du Levant. Un texte court au vu de cette incroyable saga qui court sur trois générations et dont les protagonistes traversent guerres d’Orient et d’Occident. Ossyane Ketabdar (Olivier Cherki) est le fils d’un Turc musulman (interprété par Jean-Marc Charrier qui joue aussi le frère Salem) et d’une Arménienne chrétienne ; sa famille a fui la Turquie au moment du génocide arménien en 1915 pour Beyrouth. Jeune homme impétueux, Ossyane étouffe dans cette famille pétrie de tradition et obtient de partir faire des études de médecine en France en 1938…entré dans la résistance, il rencontre Clara Emden (Audrey Louis), une jeune juive dont la famille a été déportée et que cachent des amis. Puis, ils se perdent de vue, Ossyane rentre au Liban où des drames familiaux l’attendent. Clara le retrouve, ils se marient et partent vivre à Haïfa.

Un concours de circonstances fait que la guerre israélo-arabe de 1948 les sépare, elle à Haïfa, enceinte, lui à Beyrouth. Cette situation le rend fou ; aidé par son frère Salem qui cherche à le neutraliser et qui, de surcroît, vomit les Juifs, il sombre dans la démence jusqu’à ce qu’il reçoive une visite qui le rend au monde des vivants. A la faveur du déclenchement de la guerre du Liban, il quittera l’asile et retournera à Paris. On voudrait évoquer tous les personnages tant chacun apporte une dimension supplémentaire au récit dense dont la trame tissée serre les rapports complexes entre les hommes et au-delà entre les peuples et de la difficulté de vivre ensemble ses différences, politiques, religieuses, culturelles ou sociales. A travers la destinée d’Ossyane, on peut voir dessinée en creux l’histoire douloureuse du Liban.

Grégoire Cuvier s’est emparé de ce texte avec audace et enthousiasme. Inversant les rapports entre actions et récit pour théâtraliser le roman, il perd la dimension intime de ce récit à la première personne empreint de nostalgie. Le rythme soutenu de la mise en scène met le spectacle sous tension dans un tourbillon de scènes où les acteurs endossent plusieurs personnages. En arrière-plan, les coulisses sont ostensiblement encombrées des matériaux qui feront le spectacle. Des panneaux sur lesquels des images historiques sont projetées à plusieurs reprises font office de paravent. Certaines scènes font mouche, comme l’image arrêtée du mariage des parents d’Ossyane sur fonds d’images du génocide arménien. Bien que parfois intimidés par cette langue dense et poétique qu’ils ne parviennent pas toujours à tirer vers l’oralité, les comédiens touchent par leur engagement et leur énergie. L’ambition du spectacle entraîne parfois l’équipe sur des terrains mal maîtrisés mais les maladresses sont à la hauteur de la prise de risque et au final, le texte consent à la scène et interpelle le spectateur par l’actualité de ses enjeux.

Ossyane, texte et mise en scène Grégoire Cuvier d’après Les Echelles du Levant d’Amin Maalouf de l’Académie française, paru aux éditions Grasset (1996), scénographie Grégoire Faucheux, assistante scénographie Caroline Forveille, lumière Nicolas Roger, costumes Camille Pénager. Avec Christine Braconnier, Jean-Marc Charrier, Christophe Chêne-Cailleteau, Olivier Cherki, Audrey Louis, Yvon Martin et Stéphane Temkine.
Au théâtre 13, du mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30 . Durée : 1h40. Tel : 01 45 88 62 22.

www.theatre13.com

Photo Christophe Henry

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