Du 6 décembre 2023 au 3 mars 2024 au Théâtre du Soleil.

Notre vie dans l’Art de Richard Nelson / Festival d’Automne à Paris.

Mise en majesté de la complexité des êtres aux prises avec l’existence.

Notre vie dans l'Art de Richard Nelson / Festival d'Automne à Paris.

Notre vie dans l’Art, Conversations entre acteurs du Théâtre d’Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, Illinois en 1923  : ce long sous-titre indique que le spectacle donne à voir, à entendre et à vivre, lors d’une journée, les conversations d’un groupe d’acteurs russes, à distance
de leur pays, et soumis à des risques politiques et financiers - menaces morales et subventions coupées. La compagnie est celle du metteur en scène et théoricien du théâtre, Stanislavski (1863-1938), qui fit retour plus tard dans sa patrie après avoir hésité un temps à rester à Chicago.
Ma Vie dans l’Art de Constantin Stanislavski inspire aussi le titre du spectacle de Richard Nelson.

Notre vie dans l’Art a trait à la tournée historique du Théâtre d’Art de Moscou en Amérique en 1923-1924, où « la compagnie de Stanislavski était attendue avec une impatience fébrile. L’immense théâtre était bondé, il y avait une cohue dans le hall de ceux qui ne pouvaient pas obtenir de place debout. À l’intérieur, les trois mondes - théâtral, social et russe. » (J. Cobrin, The New York Times, à l’ouverture du Théâtre d’Art de Moscou, New York, 9 janvier 1923) : soit la confrontation de Russes blancs bourgeoisement installés et la troupe vue comme « bolchevique ».

La journée est spéciale, celle du 25e anniversaire de la création de leur théâtre en 1923, dans une pension familiale de Chicago, lors d’un dîner festif du traditionnel kapustnik, Stanislavski et ses acteurs prennent leurs repas, s’inquiètent, chantent, rient, portent des toasts, s’embrassent, font des sketchs, sans qu’ils n’oublient leur situation fragile, pressentant de sombres années à venir.
« Richard Nelson donne vie à un groupe d’artistes dont, il y a maintenant un siècle, la vie a été irrémédiablement ruinée, ravagée, par un système dont on avait espéré qu’il ferait le bonheur de l’humanité. En quelques mois, cette immense respiration populaire s’est métamorphosée en un sombre laboratoire de poisons, de contentions et d’assassinats », écrit Ariane Mnouchkine.

Stanislavski écrivit une Éthique du théâtre sur la conduite du comédien - les principes d’un système d’enseignement et de pratique théâtrale révolutionnaires : une « méthode », un « système », au service de l’acteur : l’introspection, les forces subconscientes, l’intuition.

Cette « méthode psychotechnique » se fonde sur la prise de conscience intérieure, par l’acteur, de son personnage, à partir d’une recherche psychologique. Imprégné par ce personnage assimilé à un être vivant, le comédien interprète la vie et les sentiments de celui-ci en les rapportant à sa propre personne. Il vit alors en quelque sorte son rôle sur la scène, comme s’il n’avait plus d’existence propre, état que Stanislavski appelle « la solitude en public », et que les Américains connaissent sous le nom de private moment. ( Emilio Dufour, Encyclopaedia Universalis)

Voilà pourquoi - hommage à un maître, penseur et philosophe - Richard Nelson convie les spectateurs non pas à une conférence universitaire dans un amphithéâtre académique aux dossiers et rangées de bois, mais à la présence à table de comédiens qui, en dînant, échangent. Des actions physiques simples - parler, s’entretenir les uns les autres, se mouvoir, aider à la cuisine, mettre le couvert, débarrasser la table, prendre plaisir à cette convivialité : être là.

Une manière d’investir pleinement le présent, depuis la force d’impulsion de l’acteur qui ne relève pas que de la psychologie du personnage mais d’une conscience de soi, traduite en action extérieure dans la perception immédiate du personnage joué du coup avec sa propre personnalité.

Les comédiens du Théâtre du Soleil, Shaghayegh Beheshti, Duccio Bellugi-Vannuccini, Georges Bigot, Hélène Cinque, Maurice Durozier, Clémence Fougea, Judit Jancso, Agustin Letelier, Nirupama Nityanandan, Tomaz Nogueira, Arman Saribekyan, sont ces magnifiques interprètes à la Tchekhov, ombres connues et belles personnalités, que l’on voit vivre auprès de soi, authentiques et sincères.

Telle est la force du théâtre d’Ariane Mnouchkine auquel rend hommage, en même temps qu’à Stanislavski, la mise en scène de l’auteur et metteur en scène américain qui travaille à New York.

Vivante résistance poétique et détermination politique, face à toutes les violences d’un monde frappé par la culture de la haine, du conflit, de l’exclusion, des années 1930 jusqu’à 2023.

Notre vie dans l’Art, Conversations entre acteurs du Théâtre d’Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, Illinois en 1923, écriture et mise en scène de Richard Nelson, traduction d’Ariane Mnouchkine, avec les comédiens du Théâtre du Soleil, Shaghayegh Beheshti, Duccio Bellugi-Vannuccini, Georges Bigot, Hélène Cinque, Maurice Durozier, Clémence Fougea, Judit Jancso, Agustin Letelier, Nirupama Nityanandan, Tomaz Nogueira, Arman Saribekyan.
Du 6 décembre 2023 au 3 mars 2024, du 6 décembre au 11 février, du mercredi au vendredi 19h30, le samedi15h, le dimanche13h30, relâches exceptionnelles les 24 et 31 décembre & les 3 et 4 janvier. Du 12 février au 2 mars, le vendredi 19h30, le samedi 15h, le dimanche 13h30, samedi 24 février - représentation exceptionnellement à 19h30. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, au Théâtre du Soleil - Cartoucherie, 75012. Tél : 01 43 74 24 08.


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Véronique Hotte

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