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Critiques / Théâtre

Nos éducations sentimentales librement inspiré de Flaubert et de Truffaut

par Corinne Denailles

En quête de sens

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Singulier et périlleux projet que celui de recourir à L’Education sentimentale de Gustave Flaubert et à Jules et Jim de François Truffaut pour parler de la jeunesse actuelle. C’est pourtant le pari de Sophie Lecarpentier qui a trouvé une jolie variation pour le titre de son spectacle mais dont le sous-titre reste énigmatique à moins de l’envisager sous l’angle d’une antiphrase car rien n’évoque l’épopée dans le destin de cette bande d’amis pris entre la spontanéité, la gaîté de la jeunesse et une profonde mélancolie née de la difficulté à donner un sens à sa vie.
Le Frédéric de Sophie Lecarpentier est rouennais comme Flaubert alors que dans le roman, Frédéric Moreau est de Nogent-sur-Marne ; mais c’est un détail. On y évoque de près ou de loin les personnages du roman. Les riches Dambreuse, supposés fournir du travail, l’ami de jeunesse Charles Deslauriers, et surtout Marie Arnoux, le grand amour de Frédéric, à peine entrevue quelques secondes et qu’il n’aura de cesse de rechercher et de porter aux nues.
Le roman de Flaubert, qui diverge de la ligne tracée par le metteur en scène, est clairement celui d’un échec. Frédéric rate sa vie dans les grandes largeurs, ne mène aucun projet à bien, ne sera pas l’auteur génial dont il rêvait, reste le spectateur de sa vie seulement occupé par son amour pour madame Arnoux, devenu une sorte d’absolu indépassable. De velléités en lâchetés et en désillusions, Il finira par pleurer sur son sort en idéalisant le temps révolu de la jeunesse et de ses illusions. Mais on ne peut dissocier le destin de ce personnage pas doué pour la vie du cadre du roman qui dresse un tableau ironique de la société parisienne de 1850, une critique de la perte des idéaux révolutionnaires de 1848. L’exaltation initiale s’éteint complètement pour laisser place à la médiocrité. La forte inscription du roman dans son époque, le style puissant et incomparable de Flaubert résiste au projet du metteur en scène. Entrechoquer des univers aussi éloignés ne fonctionne pas comme elle l’espérait, sans compter le risque de trahison. Transposer par exemple les idéaux politiques de Deslauriers et le rêve d’un monde meilleur dans les idéaux écologiques et humanitaires contemporains se révèle improductif.
Curieusement avec son spectacle Mélancolie(s), Julie Deliquet a récemment succombé, avec plus de bonheur et sur d’autres modalités, à la tentation de s’appuyer sur un écrivain du XIXe siècle (Tchekhov) pour parler de la jeunesse d’aujourd’hui et de la mélancolie qu’on lui prête.

Nos éducations sentimentales, une épopée contemporaine, d’après L’Education sentimentale de Gustave Flaubert et Jules et Jim de François Truffaut. Texte et mise en scène Sophie Lecarpentier. Avec Stéphane Brel, Anne Cressent ou Valérie Blanchon, Xavier Clion, Vanessa Koutseff, Solveig Maupu, Julien Saada et la voix de Frédéric Cherboeuf.
Avec la participation exceptionnelle, amicale et vocale de Colette Nucci. Création sonore Christophe Sechet, Lumières, vidéo et régie générale Marinette Buchy, Costumes Solveig Maupu Scénographie Charles Chauvet.
Au théâtre 13 jusqu’au18 février, à 20h. Durée : 2h10. Résa : 01 45 88 62 22.

mars 2018 – Théâtre Jean Vilar / Suresnes (92)
29 mars 2018 – Centre culturel Voltaire / Déville-les-Rouen (76)
17 avril 2018 – Maison de l’Université / Rouen (76)

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