Paris-Théâtre de la colline jusqu’au 27 juin 2007

Nina c’est autre chose de Michel Vinaver

Allegro ma non troppo

Nina c'est autre chose de Michel Vinaver

Bien sûr on pourrait tracer les grandes lignes de l’histoire : une jeune femme, Nina (Léna Bréban), vient s’installer chez son amoureux Charles (Régis Royer) qui vit avec son frère Sébastien(Luc-Antoine Diquéro) comme deux vieux garçons. Depuis la mort de la mère, rien n’a bougé dans l’appartement, les mêmes rideaux, le même fauteuil recouvert du même tissu, le même cadre au-dessus de la porte et la vie passe à reproduire les mêmes gestes noyés dans les souvenirs ressassés. Charles est coiffeur, Sébastien, syndicaliste, travaille en usine. Et voilà que, malgré la franche opposition de Sébastien, Nina déboule comme un chien fou dans un jeu de quilles, un rayon de soleil, un tourbillon qui bouscule les vieilles habitudes fossilisées et remet du jus dans le circuit. Une chronique de la vie comme elle va, ou pas, quand le travail manque et que la spirale chômage/alcool s’enclenche, quand le social écrabouille l’intime, submergé comme par un tsunami par l’humiliation. En arrière-plan, l’agitation du monde rappelle qu’on est dans les années 1970.
Ce serait l’histoire linéaire. Mais Vinaver, en la présentant comme une « pièce en douze morceaux » indique la nature fragmentaire et nous détourne de cette lecture en trompe-l’oeil. En vérité, Nina, c’est autre chose, c’est l’élément perturbateur salutaire qui décroche le vieux papier peint, se met à nu en toute simplicité, fait entrer la vie à l’état pur dans ce qui était devenu un sanctuaire. Nina, l’impertinence faite femme, effrontée et innocente tout ensemble, pourrait bien au passage évoquer la jeunesse d’une époque révolue. La mise en scène de Guillaume Levêque décline avec légèreté, tendresse et humour les douze tableaux au terme desquels Nina disparaîtra comme elle était venue, non par crainte de voir au douzième mois, son carrosse redevenir citrouille mais parce qu’elle a rempli sa tâche et que le temps a accompli sa révolution annuelle. Ce conte à l’envers est un joli conte moderne servi par un trio d’acteurs impeccables qui jouent la partition sur un mode musical nuancé, allegro, ma non troppo.

Nina c’est autre chose de Michel Vinaver avec Léna Brabant, Luc-Antoine Diquéro et Régis Royer. Au théâtre de la colline du mercredi au samedi à 21h, mardi à 19, dimanche à 16h. Jusqu’au 27 juin 2009. Tel : 01 44 62 52 52
www.colline.fr

Texte édité dans le volume 3 du Théâtre complet de Michel Vinaver, L’Arche éditeur, 2004.
© Pascal Victor/ArtcomArt

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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