Music-hall de Jean-Luc Lagarce

Hommage aux artistes

Music-hall de Jean-Luc Lagarce

Assise nonchalamment sur son tabouret de bar, après une entrée toujours « lente et désinvolte », le visage maquillé de lourds traits noirs et de paillettes, moulée dans une robe fourreau noir dont la haute fente laisse voir une longue jambe gainée de noir, Catherine Hiégel interprète une vieille artiste de music-hall sur le retour, une gloire déchue. Elle raconte les tristes conditions qui lui sont maintenant réservées en tournée, avec ses deux acolytes, ses « boys », dans des théâtres parfois si petits qu’elle se voit coincée entre le fond de scène et le public. Bienheureuse de jouer dans un théâtre et non dans une pauvre salle des fêtes comme cela pouvait arriver. Son récit, qui transpire la mélancolie et la solitude, est celui du naufrage d’une artiste dont on ne saura jamais si elle a vécu ou rêvé une carrière brillante. Un vieux magnétophone Revox diffuse de temps à autre une chanson d’amour interprétée par Joséphine Baker. Un escalier de star, de hauts rideaux bleu nuit pailletés évoquent de belles heures passées. Les boys forment un duo burlesque et pathétique, un couple de vieux clowns gominés en frac, tristes et surannés, interprétés par Raoul Fernandez, le petit râblé, vif et espiègle, et Pascal Ternisien, grand échalas aux airs de serviteur aristocratique désabusé. La bonhomie de l’un et le pseudo dédain de l’autre ne masquent pas la précarité de leur existence.
Le texte de Lagarce est un hommage à cet art éphémère, à ces artistes obscurs, la passion chevillée au cœur, qui sillonnent la France des théâtres les plus miteux où les questions de sécurité incendie prévalent sur la représentation, où il faut encaisser toutes les humiliations. « Jouons quand même, faisons semblant d’exister » dit-elle à ses boys dans une salle vide de public. Faire semblant d’exister pour ne pas mourir, voilà le défi.
L’écriture de Lagarce, singulière et musicale, semble pourtant avancer par hoquets, avec ses retours en arrière, ses repentirs, ses répétitions à une variable près, la recherche de la précision parfaite dans les plus infimes détails, jusqu’aux silences. Ici, tous ces atermoiements ne parlent que de fragilité, de lutte pour vivre encore un peu.
Qu’elle interprète une conférencière sérieusement absurde dans Les règles du savoir-vivre ou une artiste de music-hall, Catherine Hiégel se glisse dans les mots de l’auteur qu’elle sert avec un grand art dans la remarquable mise en scène de Marcia Di Fonzo Bo.

Music-Hall de Jean-Luc Lagarce. Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo. Avec Catherine Hiégel, Raoul Fernandez, Pascal Ternisien. Costumes Mine Barral Vergez. Paris, Théâtre du Petit saint Martin, à 19h ou 21h selon les jours. Durée : 50 minutes

En alternance avec Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce

© Jean-Louis Fernandez

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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