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Mehmet Ulusoy, Un théâtre interculturel

par Jean Chollet

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Acteur et metteur en scène turc, Mehmet Ulusoy (1942 -2005) s’est réfugié en France en 1971, à la suite de l’intervention de la junte militaire imposant à son pays un état d’exception. Dans les années 1960, il fut stagiaire chez Roger Planchon, puis au Berliner Ensemble et au Piccolo Teatro de Milan où il devint assistant de Giorgio Strehler. À Istanbul, à partir de 1968, il anime plusieurs groupes de théâtre militants, dont le Théâtre de l’Ouvrier qui se produisait dans les lieux publics et les usines en grève. Un an après son arrivée à Paris, il fonde le Théâtre de Liberté, accueilli par José Valverde et René Gonzalès au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Une troupe composée de comédiens, plasticiens, musiciens, scénographes, dont les
origines diverses ont nourri une création théâtrale contestataire et politiquement engagée, associant la culture populaire et les expressions scéniques de Turquie aux pratiques du théâtre européen. Un métissage culturel ouvrant sur des formes innovantes, du mélange des genres à la composition de l’espace de représentation, le plus souvent associées à une vitalité joyeuse et festive. Des caractéristiques affichées par Mehmet Ulusoy dès ses deux premiers spectacles dans l’hexagone, inspirés par le grand poète turc Nâzim Hikmet, Légendes à venir (1972) et surtout Le Nuage amoureux (1973), dont le succès s’accompagne d’une tournée internationale et de plusieurs recréations Par la suite, il met en scène, Brecht, Maïakovski, Shakespeare, Dario Fo, Eschyle… et Aimé Césaire, qui l’accueillit à plusieurs reprises en Martinique pour de nouvelles créations nourries par la culture antillaise. Une manière pour Mehmet Ulusoy de pratiquer et d’élargir la palette interculturelle d’un engagement théâtral qui lui tenait à cœur et qu’il pratiqua avec bonheur durant tout son parcours artistique. Parmi ses grandes réussites on peut citer Le Cercle de craie caucasien de Brecht, Pourquoi Bernerdji s’est sucicidé ? d’Hikmet, (versions françaises et turques) ou encore Le Pilier, d’après l’écrivain turc Yachar Kemal.

Publié par les Editions L’Age d’Homme, dans la remarquable collection Théâtre du XXe siècle, sous la direction de Béatrice Picon-Vallin et Richard Soudée, ce livre composé d’analyses et de témoignages reflète les différents aspects d’une création atypique et à bien des égards exemplaire. Les retours sur les spectacles majeurs de Mehmet, ses influences, son enracinement théâtral et ses formes de travail côtoient une série d’entretiens réalisés par Richard Soudée – qui fut un proche collaborateur du metteur en scène – en apportant un éclairage précieux sur une forte personnalité du théâtre contemporain. Un cahier central d’une soixantaine de photos en noir et blanc de spectacles, des dessins et croquis de Michel Launay, scénographe, une chronologie des créations, de brèves biographies d’artistes et auteurs turcs et une bibliographie, complètent utilement ce volume judicieusement consacré à un poète “enragé”.

Mehmet Ulusoy, Un théâtre interculturel, sous la direction de Béatrice Picon-Vallin et Richard Soudée, éditions L’Age d’Homme, 280 pages, prix 29 €

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