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Portraits /

MALGORZATA SZCZESNIAK, scénographe.

par Jean Chollet

Le sens de l’espace

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On a pu découvrir en France le travail scénographique de cette jeune femme, dans les réalisations de Krzysztof Warlikowski (Hamlet, en 2001, Purifiés en 2002, Le Dibbouk en 2004, Kroum en 2005) et de Grzegorz Jarzyna (Festen en 2002). Autant d’occasions de découvrir une conception originale et exigeante de l’espace théâtral, qui s’est forgée dans une trajectoire atypique. Après avoir fréquenté un lycée d’arts plastiques à Cracovie, Malgorzata Szczesniak entreprend des études de philosophie et de psychologie, couronnées par un doctorat, à la célèbre université Jagiellonski. Mais attirée par les expressions artistiques, elle entre à l’Académie des Beaux-Arts, section peinture, avant de suivre durant trois années une formation de scénographe, sous la direction des plus brillants concepteurs de la génération polonaise précédente. Dans le même temps, Krzystof Warlikowski suit une formation de metteur en scène à l’Académie du théâtre de Cracovie (PWST). Leur rencontre marque le point de départ d’une longue et fructueuse collaboration amorcée en 1992 avec deux spectacles réalisés avec des étudiants : Nuits blanches de Dostoïevski et L’Aveuglement d’Elias Canetti. Depuis, Malgorzata a été associée à toutes les créations du metteur en scène, nouvelle figure de proue du théâtre polonais, dans une osmose artistique profonde et bénéfique, riche aujourd’hui d’une cinquantaine de réalisations pour des mises en scène d’auteurs classiques (Shakespeare, Sophocle, Euripide) et contemporains (Pinter, Gombrowicz, Koltès, Sarah Kane, Levin, Kuschner) ou pour l’opéra (Verdi, Penderecki, Berg, Wagner). Dans tous les cas, la genèse scénographique de Malgorzata Szczesniak se fonde sur un postulat immuable : « Ce qui m’intéresse c’est le cheminement intellectuel qui conduit à définir la structure de l’espace qui correspond à une dramaturgie. À partir de la lecture d’une oeuvre qui suscite des images et des associations différentes, il faut procéder par élimination pour aboutir à une synthèse cohérente. Le décor doit être très très organique dans la réalisation du spectacle. Cela signifie qu’il n’existe pas en lui-même, il entre dans la pensée dramaturgique du metteur en scène et se fond dans l’ensemble de la représentation pour former un tout. La scénographie doit savoir s’effacer au profit de la représentation pour devenir quasi invisible. » Des concepts lisibles notamment dans le décor à la fois ouvert et clos de Kroum ou dans l’espace scénique fonctionnel et évocateur réalisé pour Angels in America, pour lesquels « comme pour tous les autres spectacles, il n’était pas question de créer un décor réaliste mais d’instaurer un espace mental qui répond et fait écho à l’univers de la pièce. » Lorsque la fréquence des productions auprès de Warlikowski lui en laisse le loisir, Malgorzata Szczesniak, collabore avec d’autres metteurs en scène. Ce fut le cas cette saison en France auprès de Christophe Perton pour Hop là nous vivons ! d’Ernst Toller, où sa scénographie répondait avec fluidité à la multiplicité des lieux évoqués en apportant un écho spatial révélateur de la dramaturgie. Une nouvelle preuve du talent et de la sensibilité artistique d’une scénographe dont la pratique contribue à la plénitude de la représentation.

Légende image : scénographie pour Kroum d’Hanokh Levin (Avignon 2005)

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