Les gros patinent bien de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan

Cabaret de cartoons

Les gros patinent bien de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan

Fort de leur vieille complicité, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan se sont embarqués dans une aventure burlesque délirante qu’ils présentent ainsi : « Un imposant acteur shakespearien raconte, dans un anglais que nul ne peut comprendre – même un habitant de Stratford-upon-Avon en 1564 – ce grand comédien raconte donc l’incroyable épopée à travers l’Europe et les siècles d’un homme – son ancêtre peut-être – d’un homme donc, qui, au bord d’un fjord au fin fond des îles Féroé, en une année inconnue et sans doute oubliée depuis longtemps, au bord d’un fjord donc reçut la malédiction d’une sirène qu’il avait pêchée par mégarde dans les eaux gelées quoique salées sous les pourtant magnificences auspices d’une aurore boréale joliment grêlée, à ce moment précis, par un convoi tardif de grues en route vers l’Afrique. »
Assis au milieu de la scène sur un carton, Olivier Martin Salvan est le voyageur immobile qui parcourt le monde à la vitesse de la lumière, un peu comme ces touristes qui « ont fait » l’Ecosse, l’Espagne, etc. sans jamais rien voir vraiment des pays traversés. Un touriste qui serait en plus un serial-killer, coupable de trois meurtres successifs qui l’obligent à fuir toujours plus loin grâce à tous les moyens de transport imaginables, avion, moto, bateau, mulet, trottinette, patins à glace. Souvent perdu en mer, il rencontre régulièrement des migrants naufragés.
Planté donc au milieu d’un capharnaüm de cartons de toutes tailles (même le programme de salle est en papier d’emballage), découpés à la va-vite, couverts d’inscriptions au feutre noir, le comédien raconte ses aventures dans un sabir incompréhensible qui serait la langue d’un acteur « qui profère un monologue écossais littéraire, peu connu, du XVe siècle, retrouvé dans une taverne de l’île de Skye, près du loch Dubhar-sgoth », tandis que Pierre Guillois, grand escogriffe en maillot de bain, accessoiriste ou régisseur de plateau en surchauffe, s’agite de cour à jardin, et réciproquement, au rythme du récit, pour transporter les cartons explicatifs qui indiquent les noms des pays, des objets, des éléments, qui qualifient les paysages, et au passage nous livrent ses propres commentaires sur l’action qui n’en est pas une, tout ceci à raison d’une intervention par seconde. Guillois ne se contente pas de se démener maladroitement avec talent, formidable mime, il se transforme en sirène, en requin, en orque, en vendeuse de colifichets touristiques, en joueur de cornemuse, en Don Quichotte à l’assaut des éoliennes.
Le comique joue beaucoup sur les différences entre le grand maigre qui court partout et le petit replet immobile. Le spectacle est un festival de créativité et de gags parfois bien potaches. Ils nous avaient régalé avec Bigre ( en compagnie d’Agathe Lhuillier), voilà qu’ils récidivent, poussant le burlesque et l’absurde jusque dans leurs pires retranchements, sans un mot articulé. Un spectacle muet incroyablement sonore pour deux clowns sans faux-nez, « un cabaret de cartoons » qui nous fait lâcher les amarres du rire.

Les gros patinent bien, cabaret carton, un spectacle de et avec Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois. Ingénierie carton, Charlotte Rodière. A Paris, au théâtre du Rond-point jusqu’au 16 janvier 2022 à 18h30. Durée : 1h20.
www.theatredurondpoint.fr

© Giovanni Cittadini Cesi

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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