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Critiques / Théâtre

Les autonautes de la cosmoroute d’après Julio Cortazar et Carol Dunlop

par Corinne Denailles

Poétique de l’asphalte

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Entre Valère Novarina et Julio Cortazar il n’y a pas vraiment de lien si ce n’est Thomas Quillardet et son goût immodéré pour l’aventure théâtrale. Il fallait penser à aller chercher ce texte extraordinaire si improbable qu’il est malheureusement aujourd’hui absolument introuvable. Le voyage de ces autonautes n’ont rien des argonautes d’Homère. Julio Cortazar et sa femme Carol Dunlop, se sachant tous deux atteints de leucémie, décident dans les années 80 de partir en explorateurs vers les contrées asphaltées de l’autoroute A6 en direction de Marseille pour un non-voyage réel, sur le mode du détournement du road movie des années 70, et un vrai voyage poétique. Cortazar était le champion du réalisme fabuleux, genre spécifique à l’Amérique latine, mais il allait encore plus loin que Gabriel Garcia Marquez en interrogeant les liens entre réel et fiction parfois à travers des jeux de langage vertigineux.

Avec entrain et humour, les compagnies Jakart et Mugiscué ont mis leur pas dans les pas du couple, mélangeant les deux aventures ainsi mises en abîme au risque d’embrouiller un peu le spectateur. Un mois sur l’autoroute, deux arrêts quotidiens sur les parkings des aires de repos et un journal de bord où sont consignées les observations systématiques, matériau d’analyse socio-anthropologique des us et coutumes des usagers de l’autoroute. On y trouve pêle-mêle une liste des produits vendus dans la boutique, un état des toilettes, un inventaire des chiens rencontrés et des catégories de véhicules, des enregistrements quasi scientifiques de sons ou d’interviews, la projection des noms des aires d’autoroute dont la succession finit par prendre une dimension poétique, etc. L’expérience, menée sur le mode du jeu d’enfant est volontiers blagueuse, voire potache façon camp scout, quand elle ne tourne pas au burlesque délirant avec une chasse aux fourmis échevelée. Et puis, superposés, des projections évoquant Cortazar et Carol Dunlop, le journal du loup et de l’oursine (surnom de Julio et Carol) qui dit la tendresse infinie qui les unissait comme dans ce passage magnifique où Julio décrit Carol en train de dormir, ou quand Carol veille sur Julio, toujours à sa machine à écrire dans le combi-Volkswagen. Saluons l’originalité et l’inventivité de cette création collective qui bouscule nos habitudes et fait souffler sur le plateau un vent de fraîcheur poétique. Un bel hommage au maître argentin.

Les autonautes de la cosmoroute, création collective d’après l’oeuvre de Julio Cortázar et Carol Dunlop, traduction de l’espagnol Laure Guille-Bataillon, mise en scène Thomas Quillardet, collaborations artistiques Alexandra Bertaut, Kim Lan Nguyen Thi, Sylvie Mélis, Cyril Monteil, François Weber, Marcio Abreu, Sylvie Protin, assistante à la mise en scène Fanny Descazeaux, avec Olivier Achard, Aurélien Chaussade, Maloue Fourdrinier, Christophe Garcia, Claire Lapeyre Mazerat, David Lejard-Ruffet, Aliénor Marcadé-Séchan, Marion Verstraeten. Au théâtre de la Colline jusqu’au 19 avril, du mercredi au samedi à 21h, mardi à 19h, dimanche à 16h. Res : 01 44 52 62 52 52. Durée : 1h45.

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