Paris, Le Lucernaire
Les Travaux et les jours de Michel Vinaver
Un univers impitoyable

Dans la petite entreprise Cosson, fabricant de moulins à café, travaille une petite équipe dynamique et sympathique. Il y a le chef de service, le préposé à l’entretien du matériel et les filles qui assurent le standard du service après-vente. Ça tourne tranquillement, jour après jour, petite routine ponctuée par les querelles de bonnes femmes, les jalousies, les histoires d’amour. Il y la vieille fille coincée et la jeune fille délurée. Celle-là à force de minauder et de penser promotion canapé va réussir à semer la zizanie et à sauver sa peau quand la maison va fermer. Car la petite vie du personnel qui semblait devoir poursuivre son gentil train-train sans dérailler est brutalement bouleversée par l’annonce de la faillite de la société Cosson revendue à la maison Beaumoulin. Qu’adviendra-t-il du personnel dans ce naufrage ? Vinaver, en grand dramaturge et en grand connaisseur du monde du travail, a l’art de conjuguer social et intime et de démonter avec humour les rouages d’un monde impitoyable qui jette les gens à la rue sans aucun égard.
La mise en scène de Valérie Grail joue le réalisme à fond avec pléthore de détails qui surlignent l’époque et le contexte (coiffure, maquillage, vêtements, objets) et ne craint pas de flirter avec la caricature. Ces excès sont le talon d’Achille du spectacle. Le jeu des acteurs est trop appuyé, le rythme s’emballe en même temps que la maison se casse la figure, entraînant le personnel dans un tourbillon qu’il n’était pas nécessaire de traduire, le ton perd ses nuances à trop monter le curseur. Peut-être aurait-il fallu faire davantage confiance au texte et moins encombrer le spectacle qui finit par nous égarer à force d’agitation. Cependant, au-delà de ces excès, les comédiens déploient une belle énergie et la mise en scène reste, sur le fond, fidèle à l’esprit de la pièce qui parle des réalités de l’entreprise avec la distance de l’humour.
Les Travaux et les jours de Michel Vinaver, mise en scène Valérie Grail ; musique originale, Stefano Genovese. Avec : Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier, Julie Ménard, Mireille Roussel. Au théâtre du Lucernaire, jusqu’au 2 juin 2012, du mardi au samedi à 21h30. Durée : 1h25. Tel : 01 42 22 26 50.



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