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Critiques / Festival

Les Gravats de Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Clotilde Mollet

par Corinne Denailles

La valse des vieux os

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Comment parler de la vieillesse sans tomber dans le lieu commun et le pathos ? Il faut aller voir Les Gravats pour avoir la réponse. Le collectif d’écriture (Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson et Clotilde Mollet) a conçu la partition d’un spectacle qui mêle textes, musique et où le corps s’exprime autant que la pensée. C’est une bande d’artistes et d’amis qui travaillent ensemble pour certains depuis trente ans : Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Jean-Louis Hourdin et pour la première fois Clotilde Mollet qui ne vient pas de nulle part car elle a travaillé avec Hourdin. Il manque à l’appel François Chattot qui a souvent collaboré avec Bodin et Hourdin. Tout cela pour dire qu’il y a entre eux une complicité et une communauté d’univers difficile à qualifier mais totalement singulier. Ils ont l’art de concevoir des spectacles toujours inattendus, décalés, qui empruntent des chemins de traverses poétiques et burlesques. Tous les spectacles de Jean-Pierre Bodin, depuis l’inaugural Banquet de la Sainte-Cécile (1994) sont ancrés dans le réel, s’appuyant sur un collectage de témoignages pour décoller vers des horizons de tendresse et de fantaisie.

A lire le titre on comprend que le second degré sera à l’oeuvre dans cette évocation de la vieillesse et de ses naufrages. Les récits poignants et émouvants sont allégés par des pas de côté, une petite ritournelle musicale, une scène burlesque comme la pluie de boîtes de médicaments qui se déversent des cintres ou celle où Jean-Pierre Bodin et Clotilde Mollet arrachent les os et le squelette entier de Thierry Bosc alité pour alléger ses souffrances, qui sont brûlées puis ramassant les cendres déversées Clotilde Mollet marmonne : « il faut toujours qu’il fasse des cochonneries ! ». Mais, attention, rien d’outrancier ni de grossier dans la démarche, juste une manière de pirouette face à l’intolérable à l’image du titre choisi parmi une liste longue comme un jour sans pain qui allait de Fin de chantier à Tous aux urnes en passant par Usage de faux. Mais on rit moins et on s’émeut beaucoup à l’écoute de ce dialogue impossible entre Louise, frappée d’Alzheimer et son gentil mari soucieux de ne pas s’énerver. Dans l’ephad qui désormais est leur maison commune, les trois vieux posent des mots justes sur leurs souffrances physiques et morales, sur leurs peurs et leur solitude mais souvent avec impertinence et rire sous cape. Aux paroles concrètes, dures, pathétiques répondent des textes poétiques qui donnent de l’air, de l’altitude, comme on panse une plaie, tel le magnifique poème de Louis Aragon extrait d’Epilogue. Et parce que Jean-Pierre Bodin a la facétie chevillée au coeur, il clôt le spectacle sur une parade improbable, homme orchestre sur lequel veillent des squelettes d’anges aux plumes éthiques et un grand squelette digne des fêtes des morts mexicaines.
Il y a tant d’humour et d’humanité dans ce spectacle interprété tout en légèreté par les trois comédiens que pour un peu on ne craindrait plus les heures fatales qui nous guettent. Cela parle aux plus âgés mais aussi aux jeunes qui ont affaire à la vieillesse des leurs.

Les Gravats, Textes : Jean-Pierre Bodin - Alexandrine Brisson - Clotilde Mollet et autres poètes. Collectif de réalisation Jean-Pierre Bodin - Alexandrine Brisson - Jean-Louis Hourdin - Clotilde Mollet. Avec : Clotilde Mollet - Jean-Pierre Bodin - Jean-Louis Hourdin en alternance avec Thierry Bosc. Travail chorégraphique : Cécile Bon Régie : Juliette Flipo, Jean-Claude Fonkenel et Nicolas Forge Costumes : Alexandrine Brisson Construction : Jean-Baptiste Herry et Nicolas Forge.Avignon, à la Fabrik théâtre à 11h jusqu’au 24 juillet 2018. Durée : 1h15 . Réservations : 04 90 86 47 81.

© Didier Goudal

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