Paris-Studio théâtre jusqu’au 11 juillet 2010
Le mariage forcé de Molière
La comédie humaine

Louis XIV dansa dans cette deuxième comédie-ballet de Molière qui fut l’occasion de la première collaboration de l’écrivain avec Lully. Molière interpréta lui-même le rôle de Sganarelle de cette pièce qu’il a réduite de trois actes à un seul. Après avoir visité La Jalousie du Barbouillé et Le Médecin volant, Pierre Pradinas, pour sa première mise en scène à la Comédie-Française, a choisi cette « comédie-mascarade » comme l’appelait Molière, pour sa dimension musicale et par intérêt pour la solitude du principal protagoniste. Sganarelle (Bruno Raffaelli), vieux barbon ridicule de 53 ans s’est mis en tête d’épouser Dorimène (Léonie Simaga), une jeunesse de 20 ans (un thème cher à Molière). Il part en quête de conseils mais se heurtent à la fatuité des uns et des autres. Gilles David campe un philosophe hystérique et vitupérant absolument hilarant ; quand à son alter ego, Marphurius, (Nicolas Lormeau), il sera payé de se payer de mots ; excédé, Sganarelle lui botte le train comme il le mérite mais le pauvre homme reste seul face à ses questions qui, rassurons-nous ne sont que pure rhétorique puisqu’il sollicite plus une confirmation de son bon choix qu’une critique, comme l’apprendra à ses dépens son ami sincère (Jérôme Pouly). Dorimène n’est pas la jeune oie qu’on croit mais une rouée qui se jette dans les bras de ce grand benêt pour se libérer d’un père autoritaire et goûter en toute quiétude les joies de la liberté et de l’adultère bien compris. Tous vivent le regard fixé sur leur propre ligne d’horizon, poursuivant leur intérêt sans se soucier des autres. Sganarelle respire la bonhomie et la naïveté mais aussi l’égoïsme qui le prive de tout discernement. Et quand il s’avise que ce mariage est peut-être une bêtise dont il pourrait avoir à se repentir, il constate, sous la pression du père (Grégory Gadebois), qui ne veut laisser s’envoler ce beau pigeon, et du frère (Clément Hervieux-Léger) de Dorimène qu’il n’est plus l’heure de se dédire.
Un exercice de style lumineux
Pierre Pradinas, qui signe la scénographie avec la complicité de Orazio Trotta, a inscrit le spectacle dans le cadre d’une boîte noire d’où surgissent les bruits du monde et les personnages que Sganarelle sollicite tour à tour, en vain. Dans une ambiance un peu irréelle, les tableaux se succèdent ponctués par les chansons et la musique inspirée de Lully, donnant un ton de légèreté à cette tragédie déguisée en comédie. Pas de costumes d’époque mais des vêtements modernes qui signifient le statut de chacun. Sganarelle porte un costume gris et une cravate rose de cérémonie ; vêtue d’une petite robe d’été, Dorimène, ravissante coquette, minaude et raille son futur ; Alcantor, son père, costume noir et tatouages, est un dur, un vrai, un truand louche ; le philosophe Pancrace paraît sortir tout droit du Collège de France. Un vrai théâtre d’acteurs généreux dans lequel les comédiens déploient avec finesse et légèreté leur intelligence du texte dans ses moindres nuances. Un exercice de style d’un naturel lumineux dans lequel les acteurs font merveille dans une connivence et une attention à l’autre que pourraient leur envier leurs personnages mêmes.
Le Mariage forcé de Molière, mise en scène Pierre Pradinas, avec Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Léonie Simaga, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger, Grégory Gadebois, Marie-Sophie Ferdane, Gilles David de la troupe de la Comédie-Française.
Représentations du 27 mai au 11 juillet 2010 au Studio-Théâtre.
Tel : 01 44 58 98 58
© Brigitte Enguérand
Première publication le 26 novembre 2008



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