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Le jour où j’ai appris que j’étais juif de Jean-François Derec

par Corinne Denailles

comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages

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On ne présente plus Jean-François Derec, acteur, humoriste, chroniqueur. Il a adapté pour le théâtre son roman autobiographique publié en 2007, Le jour où j’ai appris que j’étais juif. On n’attendait pas forcément Derec dans cet exercice. Mis en scène sobrement par Georges Lavaudant, en vrai conteur, il raconte sans détour et avec beaucoup d’humour comment il a découvert sa judéité, qu’il prenait pour une maladie, à cause d’une petite Christine à qui il ne voulait pas montrer son zizi dans la cour de récré. La petite en a déduit qu’il avait quelque chose à cacher, un zizi coupé en deux peut-être. À partir de ce coup de tonnerre dans sa vie tranquille de petit Français, il mène l’enquête sans jamais oser poser la question directement à personne et nous ouvre la porte de cette famille juive polonaise issue de Lodz dont il dresse un portrait drôle et pathétique. La vraie mère juive, toujours prête à se jeter par la fenêtre pour un oui ou pour un non, s’applique à être « komifo », comprenez plus française que Madame Picard, son modèle. Alors le petit ira au catéchisme et ce n’est que bien plus tard qu’il découvrira ses origines juives. D’ailleurs Derec ça sonne breton, sauf que le nom d’origine, Derechinski, a été coupé (tiens !), il manque le « ski », et à Grenoble ne pas avoir de ski ça la fiche mal… Dans la famille c’était le devoir du trou de mémoire, personne ne racontait rien, « la grotte de Lascaux pleine de souvenirs perdus fermés au public ». Le père est champion d’échec, la mère championne de boulettes de viande, et ça s’engueule copieusement avec un accent que les copains trouvent bizarre. L’arbre généalogique serait un bonsaï, la famille se réduisait aux parents et aux trois enfants, unis comme les cinq doigts de la main mais malheureusement pas de petite cousine à couettes. En vrai, la famille était grande mais oncles, tantes, cousins, tous déportés. Jean-François Derec raconte avec verve et tendresse cette histoire qui est la sienne ; il fait rire en imitant l’accent juif polonais, en tant que « nouveau » juif (« juif amateur ») il porte un regard étonné sur les us et coutumes de la communauté qui ne manque pas de sel. Et pour finir, au terme de son récit en forme d’enquête, cinq précieuses petites photos à demi effacées retrouvées par hasard.

Le jour où j’ai appris que j’étais juif de et par Jean-François Derec, mise en scène Georges Lavaudant. Avignon, au théâtre du chêne noir à 18h45 jusqu’au 29 juillet. Durée : 1h15.

Texte édité aux éditions Denoël, 2007.

© Philippe Hanula

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