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Critiques / Théâtre

Le fantôme d’Azyadé d’après Pierre Loti

par Corinne Denailles

Passion orientaliste

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Dans le droit fil de la vogue orientaliste du XIXe siècle, Pierre Loti a écrit un récit très autobiographique. Officier de marine en poste à Istanbul, il rencontre une belle odalisque, une toute jeune circassienne aux yeux verts ensorcelants qui appartient au harem d’un riche vieillard. Ils vivront une grande histoire d’amour pimentée des nombreux dangers qu’il leur faudra braver pour se retrouver ; passion d’autant plus intense qu’elle est transgressive. Grâce à la complicité de la servante Kadija, les amants se retrouvent la nuit dans une barque sur les eaux douces du Bosphore jusqu’à ce que Loti quitte la Turquie pour rejoindre un nouveau poste. Il se sent coupable et malheureux d’avoir ainsi abandonné la belle. Dix ans plus tard, il revient à Istanbul, inquiet de savoir ce qu’il est advenu de la jeune femme. Il apprend qu’elle est morte de chagrin et enterrée à l’extérieur de la ville, dans un cimetière commun. A son retour, il écrit une suite à Azyadé (1879), Fantômes d’Orient (1892), où il raconte ce retour funèbre à Istanbul, qu’il nomme le plus souvent Stamboul.

Florient Azoulay et Xavier Gallais ont adapté cette histoire en tissant ensemble les deux textes. Xavier Gallais en fait un récit crépusculaire. Sa voix sonorisée murmure à l’oreille du spectateur, sur un ton un peu affecté, cette aventure orientale tandis qu’il lance sur un ordinateur les ambiances sonores ad hoc qui cultivent l’étrangeté, le mystère, suite de sons répétitifs, irritants au sens d’une irritation cutanée dont on ne peut se débarrasser. On suit le périple souvent nocturne du narrateur dans les ruelles tortueuses et inquiétantes guidé par le fidèle Achmet. Récit halluciné de la recherche de la tombe d’Azyadé avec pour guide Kadija, la vielle servante impotente et agonisante que l’on transporte en voiture à bras.
Ce roman d’amour mélodramatique et exotique est typique de l’engouement des artistes de l’époque pour les mystères de l’Orient mais traduit aussi l’attachement sincère que Loti nourrissait pour Istanbul, aussi fort pour la ville que pour la belle au point qu’il a pensé un instant se faire naturaliser. Ses descriptions en témoignent, à la fois précises, très visuelles et poétiques. Mais l’auteur émaille aussi son roman de remarques racistes sur les habitants et les communautés qui se côtoyaient alors dans l’Empire ottoman. L’adaptation théâtrale fait l’impasse sur ces commentaires désobligeants qui éclairent d’un mauvais jour l’écrivain.

Le Fantôme d’Azyadé, d’après Pierre Loti, adaptation et mise en scène Florient Azoulay et Xavier Gallais. Avec Xavier Gallais. Scénographie et lumière, Luca Antonucci. Composition musicale, Olivier Innocenti. Au Lucernaire jusqu’au 1er mars 2020 à 19h. durée : 1h10. Résa : 01 45 44 57 34

Photo Pascal Victor

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