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Critiques / Théâtre

King Lear Syndrome ou les mal élevés

par Noël Tinazzi

Le Roi Lear à l’Ehpad

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Elsa Granat ne se mouche pas du pied. « Shakespeare a fait une merveille mais ce n’est pas un musée, c’est un jardin dans lequel je vais biner... », dit-elle dans le programme de cette adaptation du Roi Lear qu’elle signe avec sa dramaturge Laure Grisinger. L’autrice simplifie l’intrigue passablement compliquée de la pièce originale jouée en 1606, pour ne retenir qu’une poignée de personnages qu’elle a travaillés avec huit acteurs auxquels viennent s’ajouter cinq interprètes amateurs.

Non contente d’actualiser le drame politico-familial en le situant à notre époque, elle place l’intrigue dans un Ehpad dont elle caricature à plaisir l’atmosphère et les comportements, créant un malaise d’autant plus palpable qu’elle n’offre aucune alternative à cet enfermement mortifère. Sinon des allusions à l’époque mythique et fantasmée « des druides » où la communauté prenait en charge enfants et vieillards. Ce qui pourrait éclairer le sous-titre de la pièce : « les mal élevés » sans qu’on en soit très sûr.

Après un prologue aussi obscur que la scène sur laquelle il se déroule, pompeusement baptisé « prequel », où l’on croit reconnaitre une allégorie du théâtre, le spectacle s’ouvre sur un homme âgé qui décide de marier sa fille. Au terme de négociations interminables, qui se veulent drolatiques, entre les deux promis et l’ordonnatrice de la cérémonie, la fête a enfin lieu. Et le pater familias fait un AVC. Revenu à lui, il parle un langage bizarre, se dit maître d’un royaume, dit qu’il veut « se délester de ses biens » et convoque ses trois filles, les sommant de lui dire tour à tour combien elles l’aiment.

Surenchère de singeries

On a reconnu le Roi Lear et la malédiction qu’il profère contre sa cadette, Cordelia, sa préférée, la moins hypocrite des trois, incapable d’entrer dans la surenchère de singeries lancée par les deux autres. Le délire du vieillard, son incohérence, sa prostration suivie d’accès de rage intermittents et de manifestations de toute puissance lui valent d’être diagnostiqué « K.L.S. » (King Lear Syndrome) par un neurologue. Le voici illico placé dans un Ehpad dont il ne sortira pas.

A force de complaisances, la pièce semble encore plus longue que l’originale de Shakespeare (3h15 avec entracte). Seuls les deux acteurs les plus aguerris, Laurent Huon dans le rôle du Roi Lear et Bernadette Le Saché dans celui de Gloucester et de l’ordonnatrice des noces tirent leur épingle du jeu. En voulant pointer la force de vie qui est en tout un chacun, les autres (dont elle-même) crient (beaucoup), chantent quelquefois (mal), se battent (toutes griffes dehors), se roulent par terre (sans résultat, évidemment). L’hystérie et l’infantilisme vont croissant. On en arrive même à rire de vieillards séniles. Forcément, on craque !

« King Lear Syndrome ou les mal élevés », jusqu’au 4 février au Théâtre Gérard Philippe, Saint-Denis. Avec Lucas Bonnifait, Antony Cochin, Elsa Granat, Clara Guipont, Laurent Huon, Bernadette Le Saché, Édith Proust, Hélène Rencurel. Et cinq interprètes amateurs.
Dramaturgie Laure Grisinger. Scénographie : Suzanne Barbaud. Lumière Lila Meynard. Son : John M. Warts. Recherche musicale : Antony Cochin, Elsa Granat. Costumes : Marion Moinet. www.reservation theatregerardphilipe.com
Tournée : les 23 et 24 mars, Théâtre des Îlets - CDN Montluçon. Les 29 et 30 mars, Théâtre de l’union- CDN du Limousin. Le 8 avril, Théâtre des Sources, Fontenay-aux-roses.
Photo : Simon Gosselin

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