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Critiques / Théâtre

Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter de Darina Al Joundi et Mohamed Kacimi

par Corinne Denailles

Lettre au père

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Pelotonnée au fond de la scène, une belle jeune femme brune vêtue d’une simple robe d’été rouge (rouge sang, rouge passion, rouge d’après le deuil) attend que le public se soit installé pour lui lancer « je ne vous attendais plus ». Avec la complicité de Mohamed Hacimi, Darina Al Joundi a couché sur le papier le tumulte de son enfance libanaise sous les bombes.

Née en 1968 d’un père journaliste et écrivain d’origine syrienne, ils entretenaient des relations exceptionnelles. Cet homme farouchement laïc lui avait dit :« ma fille, fais gaffe à ce que ces chiens ne mettent pas du Coran le jour de ma mort, ma fille, je t’en prie, je voudrais du jazz à ma mort, et même du hip hop, mais surtout pas du Coran ». Le père, rebelle à toute oppression, a été un combattant infatigable pour la liberté. Il a mis ses filles dans une école catholique dirigée par des sœurs communistes, et même, un temps, dans une école juive. Il a appris à sa fille qu’elle devait se battre pour sa liberté de femme, ne pas accepter la loi orientale qui disait que « la virginité est le seul capital dont peut disposer une femme arabe ». Ne jamais se soumettre. L’amour infini qui les lie, les principes de liberté que ce père, au profil de héros, lui a inculqué se sont retournés contre elle. Darina Al Joundi explique comment elle s’est retrouvée prisonnière de cette liberté une fois son père mort, seule face à un monde hostile prêt à la broyer. Elle s’est enfermée seule, face au cercueil et comme dans une dernière lettre à son père. Elle lui raconte ce qu’il n’a jamais su de l’enfance de sa fille dans cette ville dévastée par la guerre. Elle dit la folie des nuits électriques traversées d’étoiles filantes meurtrières, elle dit la drogue, l’alcool, le sexe, tous les excès pour se sauver de la peur jusqu’ au jeu absurde de la roulette russe. Une manière d’éprouver la jouissance de se sentir vivant après le clic dans le vide du détonateur, pour conjurer la mort.

Darina Al Joundi a trouvé ce chemin de la liberté que lui avait traçé son père. Elle est auteur, comédienne au théâtre et au cinéma (récemment elle a tourné dans Un Homme perdu de Danielle Arbib présenté cette année à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs). Mise en scène par Alain Timar, directeur du Théâtre des halles où le spectacle a été créé en juillet 2007, elle conduit son récit de bruit et de fureur avec sobriété, pudeur, sans jamais jouer d’ aucun pathos. De cette traversée de l’enfer, on garde en mémoire le sourire lumineux de cette enfant du pays du cèdre qui a résisté à la barbarie et a triomphé de l’obscurantisme.

Créé à Avignon en 2007, le spectacle a été repris à la Maison des métallos. Il sera à nouveau à l’affiche au théâtre Essaïon pour 3 mois. A ne pas rater.

Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter de Darina Al Joundi avec la complicité de Mohamed Hacimi, mise en scène Alain Timar. Au théâtre Essaïon, du jeudi au samedi à 21h30, jusqu’au 28 janvier 20112. Durée : 1h30. Rés : 01 42 78 46 42

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