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Critiques / Théâtre

Le Centenaire de René de Obaldia par François Marthouret

par Corinne Denailles

Un salon littéraire du XXIe siècle

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On retrouve avec bonheur le comédien François Marthouret, à peine sorti de la tragédie du Roi Lear mis en scène par Georges Lavaudant, dans un spectacle intimiste autour de René de Obaldia. Le Centenaire est le titre d’un ouvrage d’Obaldia, c’est aussi le titre choisi par le comédien pour ce bel hommage à l’écrivain qui fête cette année ses 103 ans.
Marthouret a pioché quelques textes dans cette œuvre très prolifique, du côté de la poésie (Innocentine, Sur le ventre des veuves) et des mémoires (Exobiographie). Du vent dans les branches de Sassafras et Monsieur Klebs et Rozalie sont peut-être les pièces les plus connues de son immense répertoire théâtral joué dans le monde entier. Souvent humoristique, voire caustique, il affectionne les inventions, les néologismes, les jeux sur les sonorités des mots, leur musicalité, les calembours, sa langue est souvent crue et délicieusement absurde.

Dans ce florilège il est beaucoup question d’amour et de mort. Le spectacle s’ouvre sur le banquet d’anniversaire qu’il imagine pour son centenaire à venir : « de mon souffle extrême, j’éteindrai le plus grand nombre possible d’étoiles. Mourrai-je ? » Entre deux considérations sur le monde comme il ne va pas, se glisse l’actualité des boat people vietnamiens. « Le pape n’est plus qu’une bulle » et « l’avenir n’est pas du chocolat ». Une bombe atomique fait éclater la terre et le soleil détruisant la famille marmottes et ses marmots. Du côté de l’amour, l’esprit est plutôt coquin. La sensualité est évoquée avec autant de douceur que de verdeur langagière. Le réjouissant poème Les cuisses de Colette est un régal qu’il faudrait lire en entier : « Je n’aime pas sa tête/Ses yeux demi-pochés/Son oreille en cuvette/Son nez en arbalète/Sa bouche endimanchée./Mais j’aime bien ses cuisses/Si douces au toucher./Pendant le Saint-Office/L’un près de l’autre assis,/Ma main vient s’y chauffer. » Inoubliable Antoinette et moi où deux enfants vont dans les bois pour grandir un peu. La maladie est traitée avec dérision. Hospitalisé, il constate que l’infirmière louche beaucoup et se demande : « est-ce bien moi qu’elle soigne ? » Les vrais amis ne se dérangent pas pour venir voir le malade, « ils sont tous morts ou en Thaïlande ». Alité, il parle de sa femme au chevet de celui qui n’est plus. La mort est présente à chaque tournant de phrase.

Qu’il s’agisse d’évoquer la dame à la faux, les émois juvéniles ou les guerres et les famines, la distance est toujours de rigueur et c’est dans cette disposition d’esprit que Marthouret fait cette lecture de morceaux choisis. Élégant dans un costume beige qui évoque la tenue des expatriés consulaires en Orient (Obaldia est né à Hong-Kong, son père y était consul du Panama), le comédien se tient le plus souvent attablé à un bureau, face aux spectateurs disposés en demi-cercle. Le pianiste Vadim Sher l’accompagne avec talent. Dans ce salon littéraire du XXIe siècle, François Marthouret n’est qu’élégance et délicatesse. Qu’il exprime indignation ou révolte, il garde un sourire et un œil rieur en embuscade. Sous le charme de cette voix profonde qui parfois se brise, comment résister à cette flânerie poétique douce-amère, résolument fantasque qui ne se pousse pas du col ?

Le Centenaire de René de Obaldia. Florilège de textes par François Marthouret accompagné au piano par Vadim Sher. Lumières, François Loiseau. A Paris, au Poche-Montparnasse, les lundis à 19h.Durée : 1h10.
www.theatredepoche-montparnasse.com
Photo Lot

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