Paris, théâtre du Rond-point jusqu’au 13 novembre 2010

Le Cas de la famille Coleman de Claudio Tolcachir

Décapant

Le Cas de la famille Coleman de Claudio Tolcachir

Issu de la scène dite alternative de Buenos Aires, l’équipe de la Familia Coleman travaille ensemble depuis dix ans et ce spectacle hallucinant tourne dans le monde depuis 2005. On ne peut pas ne pas penser à l’impertinence et au langage cru des comédies noires de Copi. Alfredo Arias dans une moindre mesure et Marcial di Fonzo Bo, Ricardo Bartis ou récemment le metteur en scène Daniel Veronese nous ont appris combien le théâtre Argentin sait être décapant. Cette famille de laissés-pour-compte (Le titre espagnol parle de « l’oubli » de la famille Coleman), marginalisée au point que l’anormalité est chez la norme, rappelle l’univers déjanté et l’humour dévastateur de la compagnie russe Teatr Licedei et de sa famille Semianyki. On y retrouve le même regard lucide sur la société qui abandonne ses pauvres et le même ton burlesque et tragique à la fois. Le salon des Coleman fait de bric et de broc, avec son vieux canapé avachi rappelle l’intérieur des Semianyki.

Les membres de la famille Coleman sont à peu près tous des cas sociaux et cliniques. On met du temps à comprendre que la mère (Miriam Odorico), qui partage le plus naturellement du monde son lit avec son fils, est vaguement demeurée et se comporte comme une petite fille. De ses quatre enfants, seules les filles ont les pieds sur terre. La plus jeune, Gabi (Tamara Kiper) est couturière, elle seule travaille et porte à bout de bras la famille. L’aînée, Veronica (Inda Lavalle), a grandi en dehors de la famille chez le père ; bourgeoise, intégrée socialement, elle a honte de cette famille de bras cassés. L’un des frères, Damian (Diego Frutos), est alcoolique et l’autre, Marito (Lautaro Perotti), est débile, vaguement schizophrène ; définitivement perdu, il ne se recommande pas à lui-même de se laver, dit à sa sœur au téléphone « je ne peux pas te parler, j’attends que le téléphone sonne ». voit des nains partout et ne cesse d’annoncer les pires catastrophes. Ils se jettent les uns sur les autres par accès et vivent dans un état d’excitation permanent. Dans la maison, rien ne fonctionne mais tout est normal. Quand la grand-mère (Araceli Dvoskin), qui faisait office de tuteur, au sens horticole du terme, à cette bande d’affreux zozos incontrôlables, vient à mourir tout s’écroule. La bourgeoise court retrouver son confort, obligée d’emmener avec elle sa mère neuneu qui, pas si bête lui fait du chantage. Damian fait son baluchon et prend la route. Gabi qui a enfin baissé la garde, accepte l’amour et Marito reste seul abandonné à sa folie. Au-delà du huis-clos familial ravageur, conduit sur le mode grotesque, dans une frénésie contrôlée, par des acteurs étonnants dont la connivence ajoute à l’efficacité du spectacle, se dessine en creux, la critique politique d’un pays qui ne s’occupe pas de ses enfants et où rien ne fonctionne correctement. Prochainement, on pourra voir un autre spectacle de la compagnie Timbre 4, El viento en un violin, à la Maison des arts de Créteil du 16 au 20 novembre.

Le cas de la famille Coleman, texte et mise en scène Claudio Tolcachir, traduction Leticia Scavino ; lumières, Omar Possemato ; avec Araceli Dvoskin, Miriam Odorico, Inda Lavalle, Lautaro Perotti, Tamara Kiper, Diego Faturos, Gonzalo Ruiz y Jorge Castaño. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 13 novembre, du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h30. Durée : 1h40. Tel : 01 44 95 98 21. Festival d’automne à Paris.

A Nogent-sur-Marne, Scène Watteau, les 10 et 11 décembre 2010.

Texte publié aux éditions Voix navigables

www.theatredurondpoint.fr

Photo Giovanni Cittadini

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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