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Critiques / Opéra & Classique

La Vie Parisienne, quel cirque !

par Noël Tinazzi

Au Théâtre des Champs-Élysées, l’opéra-bouffe d’Offenbach cousu mains par Christian Lacroix.

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Cole Porter in Paris au Châtelet, La Vie parisienne au Théâtre des Champs-Élysées... La Ville Lumière est réquisitionnée cet hiver pour remonter le moral des troupes tétanisées par une nouvelle alerte au virus avec des spectacles chantés et dansés qui célèbrent l’insouciance, l’opulence et la gaieté supposées de son mode de vie. Mais, sous ses airs d’opérette légère et follement drôle, qui chante les joies de la gaudriole, l’opéra-bouffe en cinq actes d’Offenbach est le fruit d’un travail musicologique très fouillé fourni par Le Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique française de Venise - qui l’a coréalisé avec le Théâtre des Champs-Élysées. Dans une mise en scène très soignée signée Christian Lacroix, le fameux ex-grand couturier, affronté pour la première fois à un opéra.

Ponctuées de numéraux musicaux très élaborés, le vaudeville granguignolesque des deux « héros » de la farce, Gardefeu et Bobinet, échaudés de conserve par l’infidélité de leur cocotte commune Métella, prend un tour nouveau. On a peine à croire que leurs fariboles consistant à faire tourner en bourrique un couple d’aristocrates danois, le Baron de Gondremark et Madame, fraîchement débarqués à Paris, ont donné lieu à un véritable travail de bénédictin dans différentes bibliothèques historiques.

Les musicologues ont en effet exhumé rien moins que deux actes de l’œuvre telle que l’avaient conçue les deux librettistes les plus courus de la place parisienne, à l’époque, Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Deux actes auxquels Offenbach lui-même avait dû renoncer suite à la déficience de certains chanteurs, dépassés par les ambitions de la partition lors de la création au Palais-Royal, le 31 octobre 1866, et remplacés par un seul tableau final vite fait bien fait. La reconstruction aboutit à restituer une quinzaine de numéros jusqu’alors inconnus, dont deux fugaces variations parodiques sur le Don Giovanni de Mozart, qui sont de vrais bonheurs.

Cabaret interlope

Du coup, le spectacle prend une longueur inusitée, s’étirant sur trois heures (dont un entracte), durée que Christian Lacroix, qui signe aussi les décors et les costumes, s’emploie à faire passer dans la légèreté et la vivacité. Placée sous le signe du cirque et du cabaret berlinois interlope tendance expressionniste avec ses maquillages et ses costumes très colorés, ses perruques, ses chapeaux flashy et ses personnages transgenre, la production tient tout entière dans une structure métallique unique, façon Eiffel. Agencé en forme de chapiteau semi-circulaire, le plateau comprend deux étages reliés par un ascenseur, dernier cri de la technologie Second Empire, dont se servent abondamment les chanteurs et danseurs pour leur entrées.

Mais loin de se cantonner dans la reconstitution historique empesée, la scénographie crée avec habileté des états transitoires en ajoutant aux éléments métalliques fixes des accessoires, meubles, toiles en trompe-l’œil, échafaudages, bâches, et autres photos imprimées qui font le pont entre le Second Empire et notre époque. Moyennant quelques changements à vue rondement menés, on passe d’un quai de la gare de l’Ouest digne d’un tableau impressionniste au grand salon de Madame de Qimper-Karadec que la maîtresse de céans, retour de voyage, découvre stupéfaite au petit matin dans un total désordre, squattée par les fêtards attardés et défaits d’une nouba mémorable dont elle n’était pas. Mais elle se rattrape à l’acte suivant, le dernier, où elle prend part à une fête costumée dans un restaurant à la mode donnée par un riche Brésilien qui régale tout le monde.

Très millimétrée (peut-être un peu trop), la mise en scène intègre une troupe de danseurs/acrobates plus ou moins habillés qui se mêlent aux chanteurs et contribuent à l’atmosphère de cirque, un rien décadente, du spectacle. Mais les chanteurs ne sont pas en reste, participant eux-aussi à quelques numéros dansés. Ce qui ne gâte en rien la qualité musicale de l’ensemble. La distribution étant appelée à alterner nous nous abstiendrons de commentaires. Disons seulement qu’au soir de la première, les premiers rôles étaient tout-à-fait à la hauteur de morceaux pas si faciles qu’il n’y paraît, avec un énergie à revendre.

Pour sa part, le chef Romain Dumas, qui n’alterne pas, mène avec vivacité et précision les Musiciens du Louvre et le Chœur de chambre de Namur, faisant sonner magnifiquement cette musique brillante, chatoyante, qui mêle valses entraînantes, airs d’ensembles hilarants et duos irrésistibles (« Je suis la gantière - Je suis le bottier... »). Le public ne boude pas son plaisir, bien déterminé, comme le chante gaillardement le Baron, à s’en « fourrer jusque-là.... ».

La Vie parisienne d’Offenbach, au Théâtre des Champs-Élysées jusqu’au 9 janvier (www.theatrechampselysees.fr). Diffusion sur Arte le 2 janvier
Romain Dumas : direction musicale. Christian Lacroix : mise en scène, décors, costumes. Glyslein Lefever : chorégraphie. Bertrand Couderc : lumières. Avec Jodie Devos/Florie Valiquette (Gabrielle), Rodolphe Briand/Flannan Obé (Gardefeu), Marc Mauillon /Laurent Deleuil (Bobinet), Marc Labonnette/Franck Leguérinel (Le Baron), Sandrine Buendia/Marion Grange (La Baronne), Aude Extrémo/Eléonore Pancrazi (Métella), Eric Huchet/Damien Bigourdan (Le Brésilien/Gontran/Frick), Philippe Estèphe/Laurent Kubla (Urbain/Alfred), Elena Galitskaya (Pauline), Louise Pingeot (Clara), Marie Kalinine (Bertha), Ingrid Perruche (Madame de Quimper-Karadec), Carl Ghazarossian (Joseph/Alphonse/Prosper), Caroline Meng (Madame de Folle-Verdure). Les Musiciens du Louvre et leur Académie, en partenariat avec le Jeune Orchestre Atlantique, et le Chœur de chambre de Namur.

Photo : Marie Pétry.

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